mercredi, octobre 21, 2009

Liban: Membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU

Qui a réussi à trouver plus de deux articles consacrés à cette nouvelle joyeuse?

Décidément, les médias ont quelque part minimisé l'importance de l'information qui consacre une nouvelle place au Liban sur la scène internationale. Alors que la diplomatie est la clé du pouvoir, les libanais n'en ont pas trop parlé dernièrement. Quel dommage!

Le Liban a donc remplacé le Vietnam la semaine dernière comme représentant du groupe Asie au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU. Les cinq Etats candidats ont été plébiscités faute de concurrents dans les zones géographiques respectives.

La Bosnie, le Brésil, le Gabon, le Liban et le Nigéria sont les heureux pays qui auront à siéger dans la cour des grands. Mis à part le Brésil et le Nigéria, considérés comme des plus importants pays dans leurs continents, la Bosnie, le Gabon et le Liban sont plutôt similaires compte-tenu de leur petite taille et leur histoire maculée de sang et de guerres relativement inutiles. Les thèmes "inter-culturel, inter-ethnique, inter-religieux" nous sautent aux yeux lorsqu'on voit ces trois Etats sur une même table. Comme le souligne l'IRIS, "L’élection de ce nouveau quintette permet de mettre en lumière de nouveaux enjeux en terme de maintien de la paix."

Près de dix jours après l'annonce de la nouvelle, j'ai réussi tant bien que mal à en retrouver des traces minimes dans les dépêches et quotidiens français. L'Orient Le Jour offre une analyse si importante qu'elle est devenue payante. C'est bien gonflé. Mais revenons à nos moutons.

Cette "nomination", est bel et bien à double tranchant. D'une part, elle permet au Liban de se positionner sans "l'aide" de quiconque sur la scène internationale pour les deux années qui suivent. L'équipe permanente des diplomates aura une marge de manœuvre plus importante que d'habitude et j'espère que cela se répercutera positivement à l'égard des causes que le Liban défend et des résolutions violées sur son sol. Le but idéal que je propose à cette équipe, c'est de faire valoir son droit et prouver que la violence n'engendre que la violence et qu'il ne faut pas chercher à comprendre pourquoi le Hezbollah, entendu comme résistance, est toujours armé jusqu'aux dents s'il y a des dizaines de violations quotidiennes de l'espace maritime, aérien et même terrestre du territoire libanais.

D'autre part, le Liban devra être en mesure de prendre des positions à l'égard d'un bon nombre de conflits ailleurs dans le monde, de participer à la rédaction de résolutions du conseil de sécurité, de pouvoir négocier un certain nombre de choses concernant la région, et donc de jouer dans la cour des grands. Le premier et plus important inconvénient pour nous, individus lambda dans notre société, c'est que nous ne savons pratiquement rien à propos de notre délégation. Aucun travail journalistique de recherche n'a été produit pour savoir qui sont les membres de cette délégation, ou même leur stratégie d'action et leurs priorités. A part l'ambassadeur permanent, Nawaf Salam, je n'ai aucune idée des noms des autres diplomates présents de façon permanente ou même temporaire au siège de l'ONU.

Et c'est là où se trouve le nœud principal. Il aurait été intéressant de connaitre un peu plus nos diplomates inconnus, leurs formations, leurs ambitions et surtout leurs capacités à fédérer autour d'eux un maximum de personnes. Et puisque nous nous accordons sur l'idée qu'un changement peut s'avérer possible à l'intérieur même des sphères de pouvoir, je trouve que l'ombre autour des personnes faisant partie de la délégation est un acte délibéré, permettant, à ceux qui détiennent ce pouvoir, de le garder le plus longtemps possible. S'ils ne sont pas des enfants des personnalités connues, les membres de la délégation sont peut-être l'élite que nous aimerions voir à la place des politiciens actuels. J'aimerais par la même occasion croire que ces personnes ne sont pas issus des pistons quasiment institutionnalisés au ministère des affaires étrangères. Voilà les raisons pour lesquelles nous devrions connaitre un peu plus les membres de notre délégation.

C'est curieux que personne ne se soit penché sur cette question.

dimanche, octobre 18, 2009

Ecrire plus souvent... Pourquoi pas!

J'aimerais bien pouvoir consacrer un peu plus de temps à ce blog. Mais lorsque j'y pense, je me demande quelle serait bien la raison pour laquelle je perderais mon temps à y laisser mes impressions sur les différentes attitudes de mes chers compatriotes ici ou là... Eux pour qui l'histoire n'est ni linéaire ni chaotique, mais bien circulaire...

Il est vrai que le nombre de blogs libanais continue de croître, et ce, dans toutes les langues que nous chérissons. La blogosphère s'étoffe, diraient les uns... Je dirais que la blogosphère commence à peu près à reproduire les mêmes shémas socio-politiques qui existent dans le pays, à commencer par le choix de la langue qu'on donne à nos blogs.

Créé en 2005, le lendemain du satané 4 juin, mon blog avait pour but de crier toute la rage du monde qui jaillissait de mon coeur avec la puissance inconsciente d'une jeune désillusionnée. Une sorte de canalisateur de frustrations politiques, et de catalyseur d'évènements qui ne fait que prouver l'incompétence, la nôtre, de sortir de la logique de guerre face à la construction d'un Etat de droit qui ressemblera tout au plus à un gouvernement de féodaux du Moyen-Age et d'autres paysans ayant pu se hisser au rang de Criminel National.

Relativisant mes prises de position politique selon qu'on soit en état de guerre ou de calme relatif, je suis arrivée en ce moment à un niveau d'apathie généralisé. Si on n'a jamais pu discuter au calme avec un partisan FL, on peut de moins en moins le faire avec un aouniste, et on considère encore et toujours Samir comme rien qu'un gauchiste pro-palestinien alors que ces textes de 2005 devraient faire office de bible pour tous ceux et celles qui appartiennent à l'esprit du 14 mars.

Que de textes m'ont permis de montrer la différence, entre l'esprit du 14 mars, et ce qu'on voit aujourd'hui, un simulacre de rassemblement politique... J'ai toujours en tête l'écho de la voix de mon frère qui m'a dit, le 13 mars 2005: "Tu verras, ils ne feront rien, tu te donnes à fond et tu t'en morderas les doigts de regret".

C'est vrai, j'estime que je me suis donnée à fond. J'étais élue dans le bureau de l'Amicale des étudiants, je participais à toutes les réunions préparatoires aux grandes manifestations et sit-in qui s'en est suivi.... Je séchais les cours, qui ne comptaient plus d'ailleurs que deux étudiants tout au plus, sans oublier l'absence de certains professeurs eux-mêmes engagés dans cette frénésie nationale. Je mangeais les sandiwichs distribués par Nora Joumblatt et "Al moujtamaa al madani", plus connus aujourd'hui sous le nom de Amam 05, qui ont quand même réussi à aspirer toutes les aides envoyées par l'extérieur pour notre sit-in.

J'en ai écris des masses, et j'ai l'impression que je ne cesserais jamais de revenir sur cette époque, en retrospective, juste pour réaliser, pour une ènième fois, à quel point on a été cons de croire qu'ils allaient nous suivre à nous.

Ensuite, il y a eu la guerre.

C'est là où j'ai vraiment et profondément pris conscience que le Hezbollah rassemblait à lui seul le tiers du pays, territoire et population, et qu'il fallait donc peut-être arrêter de le diaboliser, et négocier un moyen de régler les différends qui existent, si on cherche vraiment à sortir de cette dynamique stérile et d'ailleurs externe. Mais comment? Je n'en sais rien, si on continue de se taper dessus sur des histoires qui datent du siècle dernier...

Et puis revenons à cette histoire... Incomprise, inconnue, celle où 3 versions peuvent encore coexister aujourd'hui dans un pays qui ne l'a toujours pas dépassée. En termes sciences poteux, la Réconciliation nationale ne peut être déclenchée que par un effort de compréhension et de rédaction de l'histoire telle qu'elle s'est déroulée: comités locaux, historiens engagés (dans le souci de la véracité de l'histoire évidemment), anciens responsables politiques, militaires et miliciens qui pourraient enfin produire une bonne chose pour le pays... Et puisque notre histoire reste non-écrite (ou écrite mais non "certifiée", en référence au dernier ouvrage de Fawwaz Trabelsi), la Réconciliation tarde à arriver, même 20 ans après la fin de la guerre.

Du coup, tout le jeu politique s'y retrouve faussé, toutes nos analyses, et tous les commentaires haineux de tous les blogs libanais aussi.

2007, 2008, 2009... Les coqs continuent de chanter sur leurs amas (respectifs) d'ordures... La propagande se poursuit de plus belle, et le cercle vicieux aussi.

Alors écrire plus souvent, "Oui, il le faut ! Ja, es muss sein !" ;)

Pour rappeller à mes amis, connaissances et environnement lointain qu'on s'est fait prendre comme des lapins, que je ne le répèterais jamais assez, mais qu'il n'est jamais trop tard de faire preuve d'initiative (y a quelqu'un?)
Pour dire aux autres que les libanaises sont plus que de simples pintades, et que la jeunesse n'est pas que dorée (bien qu'elle soit tout autant insoutenablement légère)
Pour se libérer du fardeau de l'inconscience politique de certains
Pour hurler au monde occidental que les "pro-occidentaux et démocrates" du 14 mars sont loin d'être démocrates et qu'il est temps pour des dizaines de partis de se dissoudre par eux-mêmes pour d'innombrables raisons...
Pour se rappeller de temps en temps de la définition du mot "anticonstitutionellement"
Pour condamner Israël jusqu'à nouvel ordre, mais pas les juifs, et qu'il faut toujours savoir faire la différence en dépit du fait qu'Israël ne le permette pas en considérant tous les juifs du monde comme sa diaspora,
Pour chercher l'odeur du jasmin dans ma ville,
Pour ne pas oublier mon prof.

Mais que c'est triste d'avoir cet air mélancolique alors que je fête mes 24 ans demain.... Alors, c'est fini les rétrospectives, les souvenirs, les malheurs, les frustrations. On n'est pas sortis de l'auberge si la jeunesse n'arrête pas de se plaindre. Donc, dès demain, je tenterais d'être un peu plus constructive, de faire évoluer les problématiques vers des débats anti-conformistes de préférence.

D'ailleurs, voilà pour terminer, une excellente façon de passer à autre chose: un très sérieux ouvrage sur les pintades à Beyrouth!!

Présentation de l'éditeur: "À Beyrouth, les pintades ont du vent dans les voiles, des talons à flanquer le vertige à l'aiguille du Midi, des griffes manucurées en toute saison. Ici, être belle est un devoir. Jonglant habilement entre toutes les influences culturelles, elles chérissent leurs mezzés autant que leurs smoothies. Et quand elles ont fini de se demander qui elles sont exactement (chiites ou maronites, de la montagne ou de la plaine, du Nord ou du Sud), elles se retrouvent sur la Corniche, sur le front de mer, pour voir autant que pour être vues. Émancipées et pleines de tabous, féminines et militantes, superficielles et courageuses, les habitantes de Beyrouth sont pétries de contradictions. Femmes soumises, les Libanaises ? Vous repasserez. Les Pintades du Levant vont vous ébouriffer les plumes. Et vous pourriez même décider d'en prendre de la graine (de boulgour). Une pintade n'est ni une poule ni une dinde, ni même une caille, et certainement pas une bécasse, mais le symbole de la femme d'aujourd'hui, sérieuse et frivole à la fois. Dans une ville sous tension qui risque de déraper à tout moment, être une pintade est une déclaration de guerre à la guerre."

Je cours l'acheter!

dimanche, octobre 04, 2009

Pity the expat

Pity the expat
By Maurice Obeid
Naharnet, October 2nd.

This summer was a remarkable one for Lebanon. Through prevailing peace and the return of many native sons and daughters, Lebanon seemed to be experiencing renaissance.


Behind this rebirth lies a sobering reality. As September drew to an end, most of the thousands of young expats that flocked to Lebanon for the summer left the country. Like me, the expat returns to his life in a land far away. Though envied by his compatriots at home for the generous opportunities in richer and more stable countries, this Lebanese silently suffers. His prize is economic opportunity. The cost, however, is separation from loved ones and from a place he calls home.

An estimated 20,000-40,000 Lebanese leave the country of 4 million every year. Most are students or young professionals seeking what Lebanon fails to offer: economic opportunities in a stable environment. A lot has been said about the effect of brain drain on the country, but few think about the plight of the emigrating youth. They too suffer as a result of their ambitions. Most would prefer to remain with loved ones, yet they end up aliens abroad.

For the young expat, the dilemma is painstakingly familiar: he sits at the airport waiting for a connecting flight to Europe or America, wondering whether he is committing a huge mistake. Is it worth leaving his people, his culture, and his family behind in search for opportunity? This is not his first time leaving home. In fact, he has been shuttling back and forth for many years now. Yet he cannot explain why his throat still throbs and why he has to fight back tears each time he leaves. Though surrounded by many, he is completely alone.

The emigrant's plight is a tale of schizophrenia. For years, he attempts to integrate into the new culture. Though he now shares experiences with his new cohort, he lacks a shared sense of identity. On many an occasion, he is reminded that he is an outsider, an alien. Meanwhile, as he acclimates to the norms of the host country, he becomes rusty with the customs of his native home. He has one foot abroad, one foot at home. Neither is enough to ground him anywhere. In essence, he becomes an outsider in both countries. That is the "dissociative" state of being torn between two places.

The irony is that the emigrant knows his clock is ticking. The longer he stays abroad, the harder it is for him to return home. The opportunity cost of leaving everything behind soars, and the risks rise. It becomes difficult to forego his professional standing, which he sacrificed so much to achieve, for an outcome that is uncertain. Lebanon's political instability clouds his opportunity for decent economic gain. He could accept a mediocre job or start something from scratch. The risk of failure, however, is high as dictated by a fragile and primitive business environment. There is also no guarantee that his experience abroad will be of any use at home. Lebanon thus becomes a bittersweet memory, an ache in his heart.

The emigrant's struggles are further exacerbated by the stigma of carrying the Lebanese passport. In the new world order defined by the events of September 11, the Lebanese migrant is less than welcomed by custom officials in Western countries. In American airports, he is labeled "special registrant," which entails additional searches, longer waits, and inquisitive cross examinations by unwelcoming and sometimes disrespectful officers. As the West evaluates its immigration policies, the Lebanese emigrant continues to struggle to find a new home in lands that seem to no longer welcome him.

Who is to blame for the struggles of the young emigrant? The home country for creating the conditions for emigration? Globalization for making the process easier? Or the emigrant's own ambitions for wanting what was not offered at home?

While the answer is probably a combination of all three, this reality, ultimately, is a plea to our politicians. In the new rounds of negotiations, may they genuinely attempt to form a government that maintains a seeming perception of political stability. The slightest efforts in that direction could create economic opportunities that obliterate much of the conditions for emigration and encourage émigrés to return. May their conscience remind them that young souls the age of their sons and daughters are being forced to leave their loved ones every day. They are the foregone future leaders that Lebanon so desperately needs. Their struggle is the country's struggle. Their loss of a homeland is the country's loss of its future.

mercredi, septembre 02, 2009

Beyrouth, Beyrouth, Beyrouth

Cet été, tout le monde s'est empressé vers toi, pour te maudire encore plus, ou te lever jusqu'au niveau des étoiles. Au rythme des soirées endiablées au Skybar, ou des inoubliables verres au bar du Godot et Torino, ou même au rythme d'Oum Koulthoum au Baromètre, il y en a décidément à Beyrouth, pour tous les goûts et toutes les couleurs. Capitale de tous les excès, a déclaré l'AFP, le 17 août, près d'un mois avant le début des jeux de la francophonie. Nuits blanches, champagne, et paillettes, Beyrouth reprends dignement (ou indignement) son r ôle de provocatrice dans le monde arabe. Même CNN a produit une série de reportages confirmant la tendance: Beyrouth est huppée, chic, ouverte aux valets parking des yachts au très célèbre restaurant-bar de La Plage, juste en face du Vendôme Intercontinental, à Ain El Mraissé.

Ma "Best Party City" de l'été 2009 dans le monde est en train de rocker au plus haut niveau, et moi, j'adore! (Même si je n'adhère pas à ce rythme effréné de soirées)

Beyrouth, as-tu vu l'extase de tes riverains lorsque tu as été déclarée "Destination n°1" selon le New York Times? La presse française en a aussi remis une couche, c'était dans lexpress.fr et l'article était délicieux!

Mais la classe ne s'arrête pas là!!! Les festivals internationaux ultra réussis étaient de mise: Beiteddine et sa magie incomparable, Baalbeck et c'est toujours sans commentaires autant c'est grandiose, Byblos, et ce podium juste à c ôté des ruines de l'ancienne ville fortifiée... Deep purple, Charles Aznavour, Laureena McKeenit, il faut aller visiter tous ces sites internet, pour mieux apprécier le niveau des artistes et des reproductions. A part Gad El Maleh qui n'a pas eu le sens de l'humour nécessaire, et qui a malheureusement décidé d'annuler ses spectacles à cause d'une article trop naze, tout s'est quand même très bien passé. Les DJs se suivent sur les plages, dans les boîtes... Et Snoop Dog n'a pas hésité une seconde à venir faire la fête avec nous.

L'été de toutes les folies, de tous les excès, c'était bien l'été de 2009. Et dire que je l'attendais depuis l'été 2005.

Il reste deux sujets qui nous laissent perplexes: le problème des domestiques qui n'ont pas le droit de se baigner dans les plages de riches, et le problème des mariages fastueux au risque d'endetter les couples heureux, et leurs parents, pour quelques années... Je pense que, grosso modo, c'est tout le site Internet de nowlebanon.com (usine de propagande) qui pose problème et qui nous laissent perplexes.

Mais bon, ce n'est pas tout!!!

Cet été, la société civile a médiatisé une proposition de loi sur le mariage civil facultatif au Liban sur laquelle elle travaillait depuis quelques années et un observatoire du parlement libanais a été mis sur de bonnes roues après les dernières élections...

Cet été, à part la fête, il y a eu un précédent jurisprudentiel pour donner la nationalité aux enfants nés de mère libanaise et de père étranger. Quelle histoire émouvante, celle de Samira Soueidan, fière et courageuse, qui a durement combattu pour que ses enfants puissent avoir la nationalité libanaise. Un pas énorme a été fait pour avancer la réforme de cette loi injuste et archaïque.

Et enfin, cet été, le Conseil Juif Libanais a décidé de rénover la synagogue de Beyrouth, Maghen Abraham. Une leçon est donnée: ce n'est pas la religion qui pose problème, c'est cet Etat. Quoi qu'il en soit, les premières images de notre synagogue libanaise sont bien émouvantes, et nous laissent rêver quant au retour (même symbolique) de cette communauté meurtrie, comme toutes les autres communautés d'ailleurs, à cause de la guerre.

Tout ça, en trois mois... Et plus, puisque Beyrouth est la capitale mondiale du livre pour 2009 choisie par l'UNESCO... Voilà la preuve que Beyrouth est encore LA ville qui faire battre le coeur culturel du monde arabe, qui chante et qui sait vivre malgré tous les problèmes, qui se redresse sans jamais avoir froid au pieds, en gardant bien fermes ses racines et ses aspirations. Tu sors de l'ordinaire et tu provoques, par ta sexualité, par ton ouverture, par ton amour pour les arts, la culture, et la bonne vie.

Cet été, tu as donné une leçon au monde entier.

Beyrouth, je t'aime.

lundi, août 03, 2009

L'odeur du jasmin...

Le 1er juin 2005, à 16h30, il avait laissé sa classe d'une vingtaine d'étudiants se châmailler, une fois de plus, sur l'histoire de Beyrouth pendant la guerre. 18 heures plus tard, il est la cible d'un attentat à la Alpha Roméo. Il n'a pas eu le temps de terminer son éditorial du vendredi, qui devait être une lettre ouverte aux jeunes aounistes. Ses derniers mots: "J'ai foutu la merde et je m'en vais" résonnent encore dans ma tête (et sûrement celle de J-M).

On avait vu les bourgeons du printemps se former... Mais depuis, nous n'avons pas vu ni senti de fleurs de jasmin, ni d'oranger...

Entre ce moment et aujourd'hui, le 14 mars... (akh)... Le 14 mars nous a prouvé qu'il ne s'agissait pas de se rassembler dans une foule qu'on allait appeller "le 14 mars" et d'oublier, au passage, le budget de l'Etat dans les tiroirs du Premier Ministre jusqu'en 2008.

Depuis, il y a eu: plusieurs bombes, la guerre avec Israël, un immense sit-in qui n'a pratiquement servi à rien, la guerre avec Fath El-Islam au nord du Liban, plusieurs mois de vacance présidentielle, aucune réponse à nos attentes à nous, jeunes et citoyens, de ce qu'on attendait de cette majorité acclamée par le monde entier comme démocratique alors que la moitié sont des seigneurs de guerre... On a surtout pu apprécier tout au long de ces tristes années le vide institutionnel et intellectuel du 14 mars.

En quelques mois, il avait écrit des articles qui sont toujours d'actualité. En 4 ans, je n'ai toujours pas lu des articles du 14 mars dignes d'une vraie analyse.

On se tape dessus en mai 2008 (on se tape toujours dessus de temps en temps), mais pour les bonnes causes que voilà (il y a toujours de bonnes causes après coup): Doha, un nouveau Président, et un super brillant Ministre de l'intérieur, qui gère des élections transparentes mais truquées à l'avance (cf. les milliers de la diaspora qui sont rentrés la veille des élections et l'argent qui coulait à flot).

Et la meilleure, je suis sure qu'il l'aurait anticipé, peut-être qu'il l'aurait quitté lui-aussi (déjà qu'il n'était pas désillusionné... intifada dakhel il intifada). Je parle de Joumblatt qui déclare la fin de son alliance au 14 mars.

Parce que Joumblatt, ou le Parti Socialiste Progressiste, appartenant à l'Internationale Socialiste (qui peut le mettre à la porte puisque ça fait quelques années qu'il ne parle plus ni de paysans ni de gauche ni de lutte sociale), souhaite, revenir à la gauche, et faire revivre cette gauche libanaise désorientée (soit-dit en passant, qui est l'alliée de l'extrême droite chrétienne). Il veut donner un nouveau souffle à son parti, devenu rigide, druze, conservateur et traditionnel. Il veut libérer les paysans de leurs contraintes, donner du pain aux pauvres, comme tout parti de gauche qui se respecte. Mais surtout, il n'a pas oublié l'arabisme, oh que non ce rêve lointain qui revient au galop. La Palestine, blessure du monde arabe, c'est lui qui veut la chérir maintenant... Quant à sa visite à Washington, là où il aurait préféré être balayeur de rue plutôt que ministre du gouvernement, il assure que c'était un terrible point noir dans son histoire personnelle.

(Je me rappelle de 2005, la fin officielle du sit-in et la volonté des jeunes PSP de rester auprès du CPL et des FL jusqu'à la libération de Geagea et le retour de Aoun... Je me rappelle d'un certain coup de fil qu'ils ont reçu... Ils ont rangé leurs tentes et sont partis, amers et déçus... Si en 2005, Joumblatt faisait la gueule à ses jeunes, je peux imaginer à quel point il a besoin de son retour à gauche)

Ce n'est pas si surprenant venant de sa part, on le voyait vasciller depuis quelques temps. Ce qui m'emmène à une conclusion plutôt particulière: Pour que l'esprit du 14 mars vive, il faut que le 14 mars meurt, officiellement. Qu'ils créent un autre nom d'alliance du moins, ça sera mieux avalé, mieux marketé.

Il faut en finir avec Taëf, il faut dépasser Taëf. Et qui de mieux pour le dire que notre cher Président actuel, Michel Sleiman. Il appelle à des priorités nationales: l'indépendance absolue du judiciaire, un travail pour réactiver l'économie, mais surtout, il appelle aujourd'hui à l'initiation de larges et profondes réformes de nos institutions.

Et si ça, ça ne s'appellait pas une troisième République libanais, qu'est-ce qui s'appellerait comme tel?

Je n'en reviens toujours pas à l'idée que cette citation (qui restera dans les annales de l'histoire) appartienne à Michel Sleiman:

“If the problem lies with us, the politicians, then we should leave. If it lies with the Constitution, then we should amend it. If it lies in political sectarianism, then we should end it.”

Simple. Et au moins, quand c'est lui qui propose une réforme de la constitution, on ne le prends pas pour un mégalomane avide de pouvoir (même si je ne vois toujours pas le rapport avec cette accusation envers Michel Aoun lors de son appel pour une Troisième République il y a tout juste quelques semaines).

Quoi qu'il en soit, je pense que les politiciens, la constitution, et le confessionnalisme politique, forment le tryptique de nos malheurs. Les politiciens sont mauvais, mais ils ne partirons jamais, la constitution a besoin d'une vraie réforme, ce qui n'aura pas forcément lieu, et le confessionnalisme politique et j'ai envie d'applaudir. Comment les chefs religieux des 17 communautés vont faire? Hier encore à la télévision j'ai vu le représentant de la ligue syriaque, ainsi que le Patriarche grec-catholique Grégoire Lahham, demander officiellement des ministères syriaques et grecs-catholiques...

Mais bon... Je suis plutôt optimiste en ce moment. L'ombre de Rafic Hariri s'éloigne peu à peu, Saad est là et a envie de travailler donc pourquoi pas... Un trop lourd fardeau commence à se lever. On réalise qu'on a peut-être trop perdu de temps, et qu'on a foutu la honte aux héros de 1943, qu'on a un Etat à construire, bien de luttes à gagner. Si en plus, on arrive à établir une stratégie nationale de défense, ça serait trop beau.

Ce n'est que là qu'on commencera vraiment à voir arriver le printemps... Sinon, on risque d'attendre encore une quinzaine d'années (les habituels 15 ans de l'histoire du Liban 43 - 58 - 73 puis 75 - 90 - 2005)...

L'odeur du jasmin... se rapproche ou s'éloigne?? Je ne sais pas s'il pensait qu'il pourrait la voir de si haut, ou s'il allait tout juste disparaître après sa mort... Mais je sais que s'il a l'opportunité, il n'hésitera pas à jeter un regard vers nous de temps en temps

Je veux croire que l'odeur du jasmin n'est plus si loin que ça... Je suis persuadée que le 14 mars aurait été moins dans la merde si tu étais là et que tu avais continué à écrire. Tu aurais pu être leur instigateur de bonne conscience, celle qu'ils ont perdue... Mais voilà tu n'es pas là et j'ai envie de te dire tu nous fais chier toujours autant, même 4 ans après...




Pour tes quatre ans, Samir Kassir qui ne fumait plus que des gauloises ultra légères au carton Orange "plus cool" que mon paquet... avec un peu en retard...

lundi, juin 22, 2009

La népotisme au Liban ou la victoire de la démocratie???


Time Repeats Itself in 56 Years: Zein Elder Speaker, Tueni Youngest MP
Naharnet.com
Beirut, 21 Jun 09, 07:55


The 2009 parliament is repeating history. Following the 1953 legislative elections the eldest Member of Parliament at the time was Yussef el-Zein who headed the opening parliament session for electing the parliament speaker.
The youngest elected Member of Parliament in that year was Ghassan Tueni.

56 years later elected MP Abdel Latif el-Zein (79 years) is parliament's eldest member who is scheduled to play the same role his father Youssef did in 1953.

In an additional coincidence elected Beirut 1 MP Nayla Tueni is now one of parliament's youngest members as her grandfather Ghassan was in 1953.

Hence, history repeats itself 56 years later.




Je ne comprends pas Annahar (et sa variante Naharnet)... Ils sont fiers de ça ??? C'est ça la victoire de la démocratie?????

vendredi, avril 17, 2009

"Non à l'intervenance étrangère"

Le 8 mars 2005, des milliers de banlieusards du sud ont déambulé massivement sur la place Riad El Solh dans le centre de Beyrouth. Accompagnés de milliers de pauvres syriens ouvriers (ayant surement subi une pression moukhbira), ils brandissaient des centaines de pancartes où était mentionné "Non à l'intervenance étrangère".

Autant que cela eût été délicat, nous avions ri de tout notre coeur ce jour-là dans les tentes, de l'autre bout du centre-ville. Aujourd'hui, même si cela me rappelle la tant bien-aimée "bravitude" de Ségo, "l'intervenance étrangère" est bel et bien une faille incontestable de notre système politique. Paradoxe ou simple logique, il apparaît impossible et plus qu'impossible de se passer de cette "intervenance" dans le pays des 2 cèdres millénaires encore vivants.

Ce jour-là, en pleine campagne contre "l'intervenance" américaine, française, onusienne, bref, occidentale, le Sayyed n'a pas pu s'empêcher de remercier mille fois la Syrie et Hafez El Asad. Jamais je ne pourrais oublier ce speech agressif et duquel du poison dégoulinait pour franciser un proverbe libanais. Sans entrer dans l'analyse du jeu politique de l'époque, l'idée est telle que l'ingérence étrangère au Liban est liée au concept existentiel de cette Nation.

Depuis le Mont-Liban autonome du reste de l'Empire Ottoman, jusqu'à nos jours, il n'y a que la France qui a pu faire pérdurer ses relations avec les bords politiques libanais, en tant que "mère patrie" et protectrice des maronites persécutés depuis la nuit des temps (et qui ,soit dit en passant, se balancent quelques guerres fratricides, et ce depuis le 18ème siècle).

Alors, parlons-en de cette "intervenance" qui sans elle, le Liban n'aurait pas vraiment existé. Parlons-en de 1860, du traité de Versailles et du patriarche Hoayek, parlons aussi du règne de Vichy et de l'emprisonnement de notre président et de notre gouvernement en 1943.

Mais surtout aujourd'hui, parlons de la bassesse du niveau de la diplomatie française. Non sans amertume, il faut avouer que nous sommes en train d'assister à l'une des pires représentations diplomatiques françaises au Liban. Et quel dommage, en pensant aux valeurs républicaines et à la capacité de la France de dépasser toutes les considérations politiciennes d'un moment donné pour la justice et le développement.

Or, lorsqu'un ambassadeur n'a aucune honte d'affirmer publiquement son appui à un criminel de guerre, on est loin du discours porté par la France... Il est de surcoît scandaleux de voir enfler cet "appui" à la veille des élections législatives, dont certains n'ont pas eu froid aux yeux en la comparant "aux élections allemandes de 1933" (Ahmad Fatfat). D'une part, les forces du 14 mars font un effort surhumain pour amplifier le caractère confessionel et agrandir par eux-mêmes le fossé entre les bords politiques de ces élections, et d'autre part, des diplomates jouent le jeu intérieur et se font prendre au piège de cette ridicule mise en scène!!

Je n'en dirais pas plus , à vous de juger!

Liban : un ambassadeur gaga de Geagea

Bakchich, vendredi 17 avril par Jean A. Rossignol

"A l’approche des législatives au Liban, l’ambassadeur de France, André Parant, fait publiquement campagne pour Samir Geagea, chef de file de l’Alliance du 14 Mars.

« C’est plus fort que lui. Il ne peut pas s’en empêcher ! » s’exclame un diplomate français en poste à Beyrouth, « l’ambassadeur André Parant n’arrête pas de faire des déclarations publiques en faveur de Samir Geagea ; de multiplier les propos élogieux à l’encontre du Hakim ». Ça la fout plutôt mal en pleine campagne électorale, les élections législatives étant annoncées pour le 7 juin prochain.

En arabe, « al-Hakim », c’est le « docteur ». C’est comme cela que tous les admirateurs de Samir Geagea l’appelle depuis les années soixante-dix, lorsqu’en pleine guerre du Liban, il interrompit ses études de médecine pour devenir l’un des chefs militaires du parti phalangiste avant de carrément mettre la main sur les Forces libanaises après l’assassinat de Bachir Gemayel en 1982.

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Le Cèdre libanais objet de toutes les attentions
© Liban

Fondé par Pierre Gemayel en 1936, rentré enthousiasmé des jeux olympiques de Berlin, la Phalange qui allait se transformer en Forces libanaises, puis en parti politique après l’accord de Taëf (1989) mettant fin aux quinze années de guerre civile, fait aujourd’hui parti de la coalition « pro-occidentale » dite du « 14-mars », aux côtés de Saad Hariri, le fils de l’ancien premier ministre Rafic assassiné en février 2005 et de Walid Joumblatt, le chef féodal des Druzes qui change de camp avec les aléas du vent. Les Forces libanaises d’aujourd’hui ont conservé leurs inspirations mussoliniennes et filiations fascistes : « Ni Orient, ni Occident ! », le vieux slogan des Phalanges avait beaucoup séduit Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’État américaine qui, elle-aussi, ne tarissait pas d’éloges à l’encontre de Samir Geagea, « idéaliste tout autant inspiré que désintéressé ».

Un ambassadeur un peu trop diplomate

En novembre dernier, notre ambassadeur à Beyrouth s’était déjà fait remonté les bretelles par l’Élysée. Lors d’un dîner officiel pour le Salon du livre francophone, en présence d’écrivains français et de parlementaires européens, André Parant s’était effectivement livré à une apologie publique de trois quart d’heure du Hakim avant de se faire ramener à la raison par quelques uns de ses invités. Ces derniers osant rappeler quelques bavures de ce personnage qui n’est autre qu’un véritable serial killer à qui l’ont attribue pas moins d’une trentaine d’assassinats, d’enlèvements et de disparitions…

Vraisemblablement sur le départ – il pourrait faire partie du mouvement diplomatique de l’été – André Parant n’a visiblement pas retenu la leçon. Cet ancien conseiller technique de la cellule diplomatique de Chirac (nommé en octobre en 2002) est resté viscéralement chiraquien fulmine-t-on à l’Élysée. Il n’a pas intégré que la ligne Sarko consiste à parler à tout le monde, même au Hezbollah ainsi qu’au général Michel Aoun, le leader chrétien qui a fait alliance avec le parti chiite. Évidemment, Parant n’a pas de mots et de maux assez durs à l’encontre du général qu’il traite – encore publiquement – de « traître à son camp ! ».

C’est qu’une fois la nuit venue, notre ambassadeur laisse tomber son habit de lumière diplomatique pour se couler dans la tenue de poulbot beyrouthin – tee-shirt, jeans et tennis blanches – afin de se joindre aux soirées dansantes et endiablées du 14-Mars où, là-encore, il n’arrive pas à tenir sa langue. La capitale du pays du cèdre est un village, aussi dès le lendemain, le tout Beyrouth de commenter les dernières sorties de l’ambassadeur de France…

On l’aura compris, l’ambassadeur de France à Beyrouth donne d’ores et déjà gagnante la coalition du 14-Mars avec un rôle prépondérant à son héros Samir Geagea. De la haute diplomatie qui va certainement favoriser, sinon hâter l’arrivée d’une nouvelle excellence française au pays du cèdre…"