mercredi 19 janvier 2011

L'hymne de la révolution

(wikipédia):



Humat Al-Hima (حماة الحمى), signifiant Défenseurs de la patrie, est l'hymne national de la Tunisie depuis le 12 novembre 1987.
Avant cette date, on le connaît comme l'« hymne de la révolution » qui est notamment chanté lors des congrès et réunions du Néo-Destour.
Ce chant est écrit dans les années 1930 par le poète d'origine syrienne et de naissance égyptienne Mustafa Sadiq Al-Rafi'i. Certaines sources1attribuent la composition musicale à l'égyptien Mohammed Abdel Wahab mais le maestro Salah El Mahdi affirme que la mélodie tunisienne a été composée par le poète Ahmed Kheireddine et que la musique originale est l'œuvre de l'Égyptien Zakaria Ahmad2, ce que confirment d'autres sources3.
Deux vers du célèbre poème La volonté de vivre d'Abou el Kacem Chebbi ont été ajoutés à la fin du texte (« Lorsqu'un jour le peuple veut vivre... »)4. Salah El Mahdi indique que cet ajout est l'œuvre du nationaliste Mongi Slim en juin 1955.
Humat Al-Hima est utilisé provisoirement comme hymne national entre la chute de la monarchie le 25 juillet 1957 et l'adoption d'Ala Khallidicomme hymne officiel le 20 mars 1958. Après le coup d'État du 7 novembre 1987, il remplace Ala Khallidi comme hymne national.


Ala Khallidi comportant un vers louant Habib Bourguiba comme "za3im al-watan", le nouveau régime de Ben Ali s'était retranché vers un hymne bien connu de la population. Il ne savait pas que c'est ce même hymne qui allait lui faciliter sa chute, soudant les manifestants et renforçant les rangs. Il ne peut y avoir de vers plus clairs que ceux de Abou El Kacem El Chebbi, retrouvés à la fin du texte (qu'on retrouve notamment dans une chanson de Latifa), pour faire parvenir ce message universel. 


Paroles de Humat al-hima:


حماة الحمى يا حماة الحمى
هلموا هلموا لمجد الزمــن
لقد صرخت في عروقنا الدما
نموت نموت و يحيا الوطن

لتدو السماوات برعدها
لترم الصواعق نيرانها
إلى عز تونس إلى مجدها
رجال البلاد و شبانها
فلا عاش في تونس من خانها
ولا عاش من ليس من جندها
نموت و نحيا على عهدها
حياة الكرام و موت العظام

ورثنا السواعد بين الأمم
صخورا صخورا كهذا البناء
سواعد يهتز فوقها العلم
نباهي به و يباهي بنا
و فيها كفا للعلى والهمم
و فيها ضمان لنيل المنى
و فيها لأعداء تونس نقم
و فيها لمن سالمونا السلام

إذا الشعب يوما أراد الحياة
فلا بدّ أن يستجيب القدر
ولا بد لليل أن ينجلي
ولا بد للقيد أن ينكســر

"Lorsqu'un peuple veut la vie
Force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper 
Aux chaînes de se rompre"

La version officielle est certes celle que tout patriote se doit de respecter. Mais des conditions particulières peuvent tolérer des versions alternatives de la mélodie (comme au Liban en 2005 avec Ragheb Alameh). Alors, voici une version reggae de Humat al-huma de Bendir Man: 


mercredi 12 janvier 2011

La révolution du Jasmin, pour une Tunisie post-Ben Ali

Cela fait un mois que la Tunisie brûle. Un mois que les tunisiens prouvent, jour après jour, que malgré leur réputation de peureux, ils sont bien capables d'aller bien plus loin que nous dans leur détermination pour dénoncer le régime dans lequel ils vivent.

Plus de 50 morts sont à déplorer suite à des affrontements qui ont suivi l'action d'un seul un homme, miné par le système, qui s'est volontairement immolé en face de la préfecture de Sidi Bou Zid... Les manifestations sont très violemment réprimées par les forces de l'ordre. Ces dernières n'hésitent pas à user de tirs à balles réelles sur les manifestants. Non sur les jambes, mais sur le thorax et la tête, comme en témoigne une vidéo particulièrement choquante.

Ce blog a existé pour déverser mes opinions, mes états d'âme, mes humeurs qui dépendent du moment et des situations. Lancé en juin 2005, l'idée centrale tourne autour de cette phrase célèbre : "quand j'entends le mot revolver, je sors mon stylo". Pour la non-violence, pour les actions pacifiques, pour pousser l'histoire dans un autre sens que le mainstream et le politiquement correct et réfléchir aux évènements d'une façon différente. J'ai jamais eu d'objectif particulier en ce qui concerne les lecteurs du blog, ça n'a jamais été une priorité pour moi. J'écris pour le plaisir personnel d'écrire. J'estime que ceux qui essaient de rédiger "académiquement" ce qui ressemble aujourd'hui de plus en plus à de la propagande sont déjà diamétralement opposés à ce que j'écris ici. Je l'assume fièrement.

L'odeur du jasmin à Beyrouth pousse à l'éclosion des bourgeons à Damas. Mais en Tunisie, la révolte du jasmin n'a attendu personne, même s'il a fallu attendre 23 ans de règne de Ben Ali pour observer clairement et non écouter en catimini le désarroi des tunisiens face à la situation socio-économique et politique. La révolte du jasmin est venue comme un coup inattendu, non seulement en Tunisie-même et pour les tunisiens au pays ou dans la diaspora, mais pour nous, arabes voisins, le monde entier et la diplomatie internationale.

Les tunisiens n'attendent pas le soutien des puissances étrangères. Avec trois ministres français qui proposent d'apporter leur soutien aux forces de l'ordre pour rétablir pacifiquement l'ordre, et la ministre de l'UE pour les affaires étrangères dont nous attendons à ce jour ce qu'elle pense de ce qui se passe du pays qui touche la pointe de la Sicile. Les USA ont attendu un mois pour se décider à dénoncer la répression et les violations des droits de l'homme... Certainement, on hésite à lâcher le soutien à Ben Ali, pour des raisons qui sont concrètement infondées et loin de la réalité du terrain. La menace islamiste n'en est pas une en Tunisie, ce sont les petites boîtes de conseil parisiennes qui exagèrent ce genre de propos, pour mieux vendre ou pour mieux soutenir une certaine ligne politique et des intérêts économiques français en Tunisie. Bon, mais dernièrement, on a une très bonne idée du niveau de l'intelligence française. BREF !

Samir aurait certainement écrit à propos de ce qui se passe en ce moment. Il aurait apporté son soutien, il aurait exhorté les intellectuels arabes à sortir de leur silence qui tue pour soutenir la cause de nos pays libres. Sans lui, j'ai l'impression que le monde arabe est orphelin d'un facilitateur ou rassembleur d'intellectuels connus pour dénoncer toutes les injustices qui ont lieu aujourd'hui à Tunis.

Les intellectuels arabes sont les premiers absents je trouve, avant même le soutien de l'ancien pays des droits de l'homme. Et quelle est grande cette douleur, cette plaie qui ne nous aide pas à être plus indépendants face aux intérêts étrangers. Un soutien des pays qui nous entoure est toujours une carte importante à faire valoir face à ceux qui jouent sur des sanctions par exemple ou autres. La Tunisie n'a pas vu de sanctions, alors que la Syrie a failli s'écrouler économiquement. Ben Ali ne sera pas autant traîné dans la boue qu'Ahmadinejad, alors que ses élections sont clairement plus "anti-démocratiques" que ce dernier. Qu'importe ! Qu'importe....

Réveillez-vous, pour l'éclosion des bourgeons dans nos pays arabes. Pour la liberté, pour la démocratie, pour les décisions souveraines, pour la solidarité entre sociétés civiles et résistants face à l'oppression dans les pays du jasmin !!

samedi 11 décembre 2010

Un monde tortionnaire, et le Liban un peu aussi...

L'ACAT-France (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) a récemment publié  le premier rapport sur la situation de la torture dans le monde. En 388 pages, plusieurs sujets et 22 fiches pays éclairant la situation de la torture forment, le rapport "Un monde tortionnaire" nous démontre que la torture est une pratique courante et acceptée dans tous les pays du monde, occidentaux soient-ils ou du reste du monde.

La méthodologie, expliquant les méthodes de recueil d'information, donne aussi une idée de l'élan qu'a voulu susciter l'ACAT pour sensibiliser les gens à cette problématique chronique tout en justifiant les choix des sources internationales, régionales et locales ayant documenté le phénomène.

Au-delà de la préface de la présidente de l'ACAT et des 22 fiches pays, le rapport inclut des articles de fond concernant "les écrans de la torture" (torture et cinéma, torture et télé etc) par le secrétaire général de l'association,  les séquelles psychologiques de la torture par la directrice du centre de soin de l'association Primo Levi, "torture et médecine" et "autour du principe de soumission à l'autorité".

Les articles les plus intéressants (à mon avis) sont ceux qui s'attaquent aux actualités de la torture. L'ancien rapport spécial pour la torture, l'autrichien Manfred Nowak, apporte une synthèse de son expérience dans "prisons et torture", on nous rappelle aussi que "Obama et la torture: peut mieux faire". Luiza Toscane, incontournable activiste de défense des droits de l'homme pour la Tunisie, rapporte avec Wahid Brahimi la torture qu'a subi ce dernier tout en donnant une image, sans chichis et fondée sur des preuves, de la torture, endémique dans le pays.

Quelques paragraphes sur le Liban, qui est bien placé par rapport aux pays choisis de la région: l'Egypte, l'Iran, Israël et la Tunisie ...La torture n'y est pas répandue et est très spécifique et en fonction des détenus (et de leur présumé crime). Le CLDH est cité pour affirmer que la torture a même diminué ces dernières années. C'est donc un pas en avant et je m'engage à soutenir les autorités dans ses efforts du respect de la dignité humaine quelque soit le crime commis.

Les victimes de la torture au Liban ont été identifiés comme étant : présumés terroristes (sunnistes djihadistes, syriens), islamistes (et sympathisants de Fath el Islam, akkar et tripoli), présumés espions pour le compte d'Israël, et certains prisonniers de droit commun (surtout ceux en rapport avec le trafic de drogue). L'objectif principal est l'obtention d'aveux, "la torture apparaît ainsi comme une méthode d'investigation à part entière".

Les méthodes sont nombreuses mais classiques, à ne pas trop plonger ce blog déjà trop plein de violence symbolique.

Voilà ce que l'ACAT a à dire par rapport à l'identification des lieux de la torture : "les centres de détention du ministère de la Défense gérés par les services de renseignement militaire, notamment la prison de Yarzeh ; le centre de détention d’al-Qubba, à Tripoli, par lequel a transité une partie des personnes arrêtées à la suite des affrontements de Nahr el-Bared ; les locaux de la Direction générale des forces de Sécurité intérieure, notamment dans le bâtiment du renseignement situé au sein de la prison de Roumieh directement administré par les services de renseignement des forces de Sécurité intérieure ; le centre de détention de Hobeich (Beyrouth Ouest) et celui du palais de justice de Zahle, connus pour les tortures infligées par les agents du bureau chargé de la lutte contre les drogues lors des interrogatoires de trafiquants présumés ; enfin, les centres de détention illégaux du Hezbollah, dont l’existence ne fait aucun doute,mais sur lesquels nous disposons de très peu d’informations. "

Les liens entre les services du Hezb et de l'Etat sont très complexes et les aborder ici d'une façon simpliste n'aurait aucun apport constructif. Peut-être faudrait-il y consacrer un article qu'il faudra évidemment documenter. Je répète : la propagande d'un côté ou de l'autre, c'est pas ici. De toutes façons, ce n'est pas moi qui en fait un gagne-pain.

Je ne m'attarderais pas au problème de la surpopulation carcérale car même la France connaît ces difficultés et je dirais la grande majorité des pays étudiés dans le rapport connaissent ce phénomène. En revanche, voilà une phrase par rapport à laquelle il est urgent d'agir : "Aucune distinction n’est faite entre les détenus en attente d’être jugés et les prisonniers condamnés ; les mineurs cohabitent parfois avec les adultes."
Il y a eu aussi près de 40 décès entre 2007 et 2010 qui restent inexpliqués selon les ONG "Alkarama, Association Entrepreneurs sans frontières, Restart Center, Khiam Center for the Rehabilitation of Victims of Torture, Centre libanais des droits humains".

Un libanais lambda dirait à un autre libanais : "je m'en fous de ceux qui sont torturés, qu'ils le soient, peut-être même qu'ils le méritent"... Ce même libanais lambda dirait à un étranger : "ohhh tout va trèèès bien au Liban on est super civilisés". Lambda est plein d'assurances mais c'est son attitude qui est embarrassante pour l'image de son pays.

C'est bien pour ça qu'on entre toujours dans des cycles de violence tous les 15 ans, l'amour que porte lambda à son pays est d'un égoïsme insupportable et malheureusement, c'est de ces genres d'amour destructeurs, il suffit de lire l'histoire de la guerre pour le comprendre. Je cherche à apporter à mon pays un amour différent : je veux crier ma rage sur ce qu'on peut améliorer mais qu'on y fait rien parce qu'on manque de volonté, parce que je veux vraiment contribuer simplement, à des rapports sains entre citoyens et Etat. C'est sur du concret que ça se joue, pas sur des mots qu'on vend en France. Quant à l'Etat, il ne demanderait que des gens comme moi, dynamiques et porteurs d'espoir et d'optimisme si lui aussi réussissait à remettre en ordre ses priorités.

lundi 15 novembre 2010

Réponse de la Direction Générale de la Sûreté Publique

Avant de publier la réponse de la Direction Générale de la Sûreté Générale (dans le quotidien Al Akhbar aujourd'hui) au post précédent, j'aimerais premièrement les remercier pour avoir pris la peine de clarifier la situation vis-à-vis du CLDH.

J'ai publié il y a quelques jours de là, un communiqué de presse du CLDH qui dénonce plusieurs violations des droits de l'homme à l'encontre d'un irakien qui a été déporté à Baghdad. Les clarifications apportées par la Sûreté Générale nous affirment que cet homme qui avait bien obtenu le statut de réfugié, n'a pas été torturé contrairement aux affirmations des défenseurs des droits de l'homme mais que le traitement de son dossier avait pris trop de temps au UNHCR pour pouvoir l'envoyer dans un pays tiers et après la fin de tous les délais il fut déporté...

Le fait que la Direction Générale de la Sûreté Générale réponde à mon blog et non au CLDH (ce n'est pas un site informatif, je n'en ai nullement cette intention d'en faire une plateforme d'information, c'est plutôt un endroit où je laisse mes impressions -desfois bien subjectives- à vif sur certains sujets, combien de fois faut-il l'expliquer aux uns et aux autres) démontre plusieurs problèmes entre ONG, citoyens et Etat au Liban:

- Un manque de communication flagrant: le CLDH est le Centre Libanais des Droits de l'Homme, qui existe depuis belle lurette et qui, aujourd'hui, se redynamise. Dans n'importe quel pays au monde, les communiqués des ligues et comités de droits de l'homme sont repris et connus par l'opinion publique, sauf au Liban. La Sûreté Générale doit s'assurer de répondre aux bons interlocuteurs et non pas à des blogs de petits étudiants expatriés à qui le pays manque tant.

- Un manque de sensibilisation: Evidemment, tout le monde au Liban croule sous ses propres problèmes: entre la paupérisation, les infrastructures, le fait que même des libanais ont du mal à faire valoir leurs droits, surtout s'ils n'ont pas d'assurance médicale privée, éloigne les citoyens des violations aux droits de l'homme commises envers des étrangers sur notre sol. En effet, pour avoir lu plusieurs fois et entendu des témoignages sur la prison sous le pont de Adlieh, on ne peut que vouloir aider la Sûreté Générale à avoir plus de moyens pour gérer tous ces flux.

- Un manque de connaissance: en droits de l'homme, bien entendu. Je suis tellement heureuse que la Sûreté Générale ait bien voulu me répondre (au CLDH plutôt) mais il y a beaucoup de travail à faire vis-à-vis de toutes ces problématiques. D'ailleurs, j'en profite pour mettre à plat certaines questions qui me trottent à l'esprit:

- Comment se fait-il que le Liban n'a encore rendu AUCUN rapport de progression par rapport aux dispositions de la Convention Contre la Torture de l'ONU (attendus depuis 2001)
- Que depuis mars 2001, nous attendons le 3ème rapport du Liban du PIDCP (Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques)?
- Le 18ème rapport pour la Convention pour l'Elimination de toute forme de Discrimination Raciale depuis décembre 2006?
- Depuis juin 2005 pour le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels (PIESC)?
- Depuis décembre 2006 pour le Protocole Optionnel à la Convention du Droit de l'Enfant relatif au trafic d'enfant, à la prostitution et pornographie infantiles?

Pour plus d'informations concernant la situation du Liban au regard des droits de l'homme au niveau international:
http://www.ohchr.org/EN/countries/MENARegion/Pages/LBIndex.aspx

Nous avons une image à garder bien haute au sein de la communauté internationale, pourquoi nous faisons-nous alors autant de mal avec une question sur laquelle nous pouvons être tous d'accord? N'y a-t-il pas assez de fonctionnaires pour travailler sur ces dossiers et faire avancer le travail? Sinon, je peux postuler ???

Voilà la réponse de la Sûreté Générale, merci encore!



vendredi 12 novembre 2010

CLDH : Réfugié (UNHCR) détenu arbitrairement pendant 2 ans, torturé puis déporté

Allégations de torture d’un réfugié à l’aéroport

Le Ministère de l’Intérieur et le UNHCR incapables d’assurer la protection des réfugiés contre les pratiques scandaleuses de la Sûreté Générale

Ala As Sayad, 24 ans, réfugié irakien reconnu par le UNHCR aurait été expulsé mercredi dernier vers l’Irak, après deux ans de détention arbitraire au Liban. Pourtant la Justice libanaise avait ordonné sa libération immédiate en mars 2010.

Conduit mercredi à 6h du matin du centre de rétention souterrain de la Sûreté Générale où il croupissait depuis plusieurs mois, vers l’aéroport international de Beyrouth, en pyjama et sans ses effets personnels, Ala As Sayad aurait été placé en rétention à l’aéroport. Il résistait depuis plusieurs mois aux pressions qu’il subissait de la part de la Sûreté Générale en vue de lui faire signer son rapatriement « volontaire » vers l’Irak. Il a toujours refusé de signer ce document et il en aurait dûment notifié à l’officier de la Sûreté Générale présent à l’aéroport. Devant son insistance et son refus de retourner dans son pays, 7 agents de la Sûreté Générale l’auraient violemment frappé à la tête et sur tout son corps jusqu’à ce qu’il perde conscience. Il aurait été ensuite porté jusqu’à l’avion, dans un état semi comateux.

Le UNHCR, informé au préalable de la décision de déporter Ala As Sayad mercredi matin, n’a semble-t-il pas jugé utile de dépêcher qui que ce soit à l’aéroport pour tenter de clarifier la situation. 

Le 12 mars 2010 le Ministre de l’Intérieur Ziyad Baroud affirmait «avoir gelé toute déportation forcée de réfugiés et avoir décidé d’appliquer toute décision judiciaire de remise en liberté ». L’expulsion de Ala As Sayad au lieu de le libérer au Liban montre que le Ministère de l’Intérieur et ses services ne mettent pas en œuvre ces déclarations et se refusent toujours à appliquer les décisions judiciaires ordonnant la remise en liberté des personnes, tout comme les dispositions de la Convention contre la Torture.

Ce cas représente en effet une triple violation gravissime de la Convention contre la Torture ratifiée par le Liban en 2000 et auquel le pays est tenu de se conformer en vertu de sa constitution. 

Tout d’abord la détention prolongée de Ala As Sayad dans des conditions inhumaines en vue de le contraindre à signer des documents représente une méthode de torture couramment employée par la Sûreté Générale contre des réfugiés.

Deuxièmement, si ces faits sont avérés, la Sûreté Générale se serait rendue coupable mercredi d’actes de torture physique contre la personne de Ala As Sayad.

Enfin, l’expulsion d’une personne vers un pays où elle risque des atteintes à son intégrité physique et psychologique représente une violation de l’article 3 de la Convention contre la torture.

Beyrouth, le 12 novembre 2010. 
Centre Libanais des Droits Humains


إدِعاءات تعذيب لاجئ في المطار

إن َوزارة الداخلية ومفوضية الأمم المتحدة لشؤون اللآجئين غير قادرين على حماية اللاجئين من الممارسات المشينة للأمن العام

علاء الصياد، 24 عاماً، معترف به كلاجئ عراقي من قبل مفوضية الأمم المتحدة لشؤون اللآجئين، قد تم ترحيله يوم الاربعاء 10/11/2010 صباحاً الى العراق بعد سنتين من الإعتقال التعسفي في لبنان. علماً أن القضاء اللبناني قد أصدر قراراً بالافراج عنه فوراً في آذار 2010.

اقتيد علاء الصياد في تمام الساعة السادسة صباح الاربعاء من مركز الإحتجاز الذي يقع تحت الأرض التابع للأمن العام حيث أمضى عدة أشهر، الى مطار بيروت الدولي في لباس نومه ومن دون متعلقاته الشخصية. علاء الصياد وضع رهن الإحتجاز في المطار. 

كان يقاوم الضغوطات من قبل الأمن العام منذ عدة أشهرلإجباره التوقيع على ورقة " الترحيل " الطوعي الى العراق.
وكان يرفض دائمًا التوقيع على هذه الورقة ، وقد أبلغ ضابط الأمن العام في المطار بذلك.

أمام اصراره ورفضه بالعودة الى العراق، لقد قام 7 من رجال الأمن العام بضربه بشدة على رأسه وعلى جميع أنحاء جسده الى أن فقد الوعي. ثم نقلوه الى الطائرة. 

وبالرغم من إبلاغ مفوضية الأمم المتحدة لشؤون اللآجئين في وقتٍ سابق على ترحيل علاء الصياد، فلم تعتبر ضرورياً إرسال أي شخص من قبلها الى المطار بمحاولة توضيح الموقف.

في 12 آذار 2010، أكدَ وزير الداخلية زياد بارود بأنه قد" تم تجميد جميع حالات الترحيل القسري للاجئين وقد قرر تطبيق كل القرارات القضائية بتحرير اللاجئين" . إن ترحيل علاء الصياد بدل من اطلاق سراحه في لبنان يدل على أن ليس فقط وزارة الداخلية وأجهزتها لا تنفذ تصريحاتها إنما فهي أيضا ترفض تنفيذ القرارات القضائية بالافراج عن الناس كما كل ما ورد في إتفاقية مناهضة التعذيب. 

في الواقع تمثل هذه القضية انتهاكاً ثلاثياً خطيراً من اتفاقية مناهضة التعذيب التي صدَق عليها لبنان سنة ال 2000، و التي يتعين على البلد على الإمتثال بموجب دستورها. 

أولاً: الإحتجاز المطول لعلاء الصياد في ظروف غير انسانية من أجل إجباره على التوقيع على وثائق هي طريفة تعذيب شائعة مستخدمة من قبل أجهزة الأمن العام ضد اللاجئين.

ثانياً: إن كانت هذه الإدِعاءات صحيحة ، فإن الأمن العام مذنب بارتكاب أعمال تعذيب جسدية ضد شخص علاء الصياد .

ثالِثاً: إن ترحيل شخص الى بلد يواجه فيه تهديدات لسلامته الجسدية والنفسية تشكل انتهاكاً للمادة 3 من اتفاقية مناهضة التعذيب. 

بيروت ، 12 تشرين الثاني 2010 .
المركز اللبناني لحقوق الانسان

mercredi 3 novembre 2010

Un vrai pas vers le (faux) sécularisme d'Etat

- Le décret ministériel:
Ziad Baroud (my republican hero) a ouvert une mini-brèche en 2008 confirmant la légalité de la suppression de la case "Confession" de l'état civil libanais. Pour ceux qui ne le savent pas, la religion occupe une place primordiale au sein de notre République chérie. Aujourd'hui, on peut littéralement barrer cette catégorie grâce à une petite formalité chez le moukhtar puis au ministère de l'intérieur qui enregistre le changement sans aucune entrave. L'état civil, après cette opération, gardera la ligne consacrée à la confession مذهب mais elle sera barrée.

- Les inititatives de la société civile:
Tout a commencé avec une petite coalition d'ONG et d'intellectuels qui ont ouvert le débat sur le sécularisme et ont lancé une campagne (relativement courte dans le temps) pour encourager les citoyens à supprimer la confession de leur état civil. Je me souviens bien d'une réunion en 2008 dans les locaux de Nahwa Al Muwatiniya qui expliquait clairement le processus à suivre ainsi que les conséquences de cet acte (que nous verrons plus loin). Bref, cette vision a toujours existé dans la société par le biais de conférences et tables rondes innombrables, mais aucune mesure concrète n'avait été prise jusque là pour affirmer clairement cette demande au niveau institutionnel.

- Confessionnalisme d'Etat: essai de définition
Le confessionnalisme d'Etat est la méthode avec laquelle le citoyen n'a aucune chance de faire valoir ses droits en tant qu'individu, puisque la communauté prime dans tout. Il faut à l'avance diviser en nombre de communautés tout ce qui se rapporte à l'Etat, à commencer par les portefeuilles ministériels et les sièges parlementaires. Visiter le Patriarche à Noël, l'Ayatollah à Achoura et le Cheikh pour le Eid, c'est s'assurer un poste de haut-responsable d'Etat dans la prochaine formation. A part ça, c'est hériter de moitié pour les filles sunnites et ne pas avoir la possibilité de divorcer pour les filles maronites. C'est de ne pas pouvoir devenir ambassadeur si le quota pour les grecs-orthodoxes est déjà rempli, ou même directeur général dans les ministères. Si vous êtes Bahaii, laissez tomber, vous êtes "tellement" minoritaire que vous n'êtes jamais pris en compte même si vous excellez dans la matière des réformes d'Etat.

- Patriarche, oulémas et hommes de religion dans la construction d'Etat
Ils ont toujours été là, au premier rang. La présence et le rôle du Patriarche Hoyek lors des accords de Versailles en 1919 en dit long sur la création du Grand Liban, qui se dessinait comme la terre des chrétiens d'Orient dans la région. Oups, aucun calcul démographique à moyen et long termes n'avait été fait. "Le Liban est un message" répèteront chrétiens et musulmans libanais en chœur après la visite du pape. Il me semble qu'ils l'aient pris au premier degré, Jean-Paul II, du coup, entre message et action, une éternité s'est imposée. En tous cas, ça fait bien marré les diplomates en poste à Beyrouth, comme un ami, ce jeune consul de Colombie qui, à un certain moment de la journée Barbecue-Arak dans le sud à 10 minutes de la frontière fait un trip sur "le Liban est un message... message...", exemple:
"- Dis-moi amie libanaise, c'est quoi le message du Liban?
- Euh, la coexistance (hehehe), la tolérance (sourire cynique) etc.
- Es-tu sure que ça ne serait pas le fait de risquer sa vie tous les jours entre accidents de voiture mais qu'on s'en fout ? Hahaha
- Hahaha, oui, ici tu vis chaque jour comme si c'était ton dernier !
- Hahaha, je crois qu'il est là le message !!!!"

- Le faux rôle auto-proclamé du patriarche: Veiller à l'unité du Liban, contre-exemple édifiant:
Bien sûr, prendre partie dans une guerre fratricide est aujourd'hui analysée comme une volonté d'unir les libanais. Bien sûr! En partant de là, il est clair que le Patriarche ait son mot à dire en politique. Et de plus en plus avec le temps, parce qu'on ne devient pas sénile après 85 ans, que nenni! Le gâchis issu de ces dernières décennies efface malheureusement les luttes des anciens Patriarches. Il est bon de rappeller que les premiers chefs religieux de l'Eglise maronite ont dû se cacher dans des grottes creusées dans les vallées de Qannoubine, des années durant, pour échapper aux diverses persécutions. Plus tard, c'était (entreautres) grâce à la famille féodale Al-Khazen que des fortunes ont pu être amassées, sur le dos des paysans du Keserwan. Aujourd'hui, c'est dans l'opulence et le luxe que l'Eglise maronite évolue, surtout au gré des ventes de terrains ancestraux à des prix inimaginables et la rentabilisation des tribunaux qui permet à ces gens de nous représenter contre notre volonté et à faire des sous en plus avec.  Il est désormais certain qu'il existe une différence entre la micro-identité maronite (les habitants de la montagne libanaise et des mini-régions alentours), et l'Eglise maronite en soi. 

- La menace d'ex-communion comme une mise en garde politique:
Pour ceux qui se demandent que vient faire un Patriarche dans les affaires crapuleuses du temporel, l'évêque Bechara El Raï n'a pas hésité à monter au créneau il y a quelques temps: ex-communion pour tous ceux qui critiquent la politique de l'Eglise maronite. Parce qu'à la base, il faut comprendre que la politique n'est pas que le concert des dirigeants civils, mais aussi des bénis de Dieu. Que l'éternel qui se mêle du temporel, c'est plus que normal, évidemment !

- Conséquences sur la communauté maronite:
Déchirée? Oh non, quel blasphème!
 
- Conclusion: pourquoi il faut supprimer sa confession de son état civil:
Parce que c'est l'une des méthodes les plus fortes et les plus criantes du désespoir de la population et de son besoin de trouver un nouveau système/régime politique qui puisse tenir toutes ces petites m***** qui crient à la peur de l'épuration ethnique toutes les deux minutes. Comme ça, on t'en voudra pas parce que tu es chiite, sunnite ou maronite, mais juste parce que t'es con. Parce qu'on s'en foutra que tu sois une plus petite ou une plus grande minorité. Parce qu'il est inimaginable que tu donnes à la religion ce qui est du ressort de l'Etat républicain que tu proclames si fièrement devant tes collègues arabes. Parce que ta naissance, ton mariage, ton héritage, et le partage des terres familiales, bref ta vie, tu as bien envie que ça soit l'Etat qui en soit responsable, et non ta confession, et parce que tu ne devrais pas être obligé de te convertir à l'Eglise syriaque orthodoxe pour pouvoir divorcer juste parce que tu n'as pas assez de sous pour payer un juge maronite capable de contourner le droit canonique pour quelques milliers de dollars...

Conclusion 2: Pourquoi ce n'est pas suffisant et pourquoi le débat mérite une plus large place dans l'opinion publique

Parce que tout se gère entre hommes de religion et hommes politiques. Parce qu'il existe même un homme politique qui est aussi un homme de religion et que c'est tout de même emmerdant puisqu'on ne peut même pas le critiquer librement sans se méfier de représailles violentes. Même des hommes qui n'ont rien à voir avec la religion, et s'ils étaient un temps soit peu religieux  ils n'auraient pas amassés des fortunes avec la drogue et les armes, se targuent d'avoir défendu leur religion. Parce que ceux qui ont une vision d'eux-même en assimilation avec notre environnement sont pris pour des fous.  Ces faux-défenseurs de la Chrétienneté  et du Maronitisme ne cherchent même pas à relier leur foi avec les lieux où a vécu Saint Marron, fondateur du rite. (Bouuuh c'est en Syrie, nous on est maronites, mais on s'en fout de la tombe de Saint Marron et des Eglises en ruine même si le 9 février sa fête est une journée fériée). Quant aux autres, certains comme le célèbre Mufti Jouzou n'hésitent pas à "keffariser" ses propres co-religionnaires et à considérer ouvertement toutes les autres confessions (chrétiens et chiites), d'inférieures. Tous, TOUS, nous gardent prisonniers de ce raisonnement.
Donc, si nous voulons discuter d'une certaine vision laïque, on est d'abord descendus par les petits minables défenseurs des intérêts de rester divisés à tous les niveaux, puis carrément mis à l'écart de tout potentiel de pouvoir de la part des décideurs eux-mêmes qui préfèrent se partager le gâteau, comme toujours.
Alors même qu'on réussit à enlever notre confession de notre Etat civil, on se retrouve dans un autre problème de participation. Vu qu'on appartient plus à aucune minorité, on ne peut plus faire valoir notre place au sein de la Haute fonction publique (puisque tout est divisé مناصفة moitié moitié). Est-ce qu'on est donc condamnés à être confessionnalisés, toujours ?

يا زمان الطائفية

طائفية وطائفيك




jeudi 28 octobre 2010

La Gauche Démocratique... YAD(i3ankoun)

Aujourd'hui je commente l'histoire d'un parti, aujourd'hui presque inexistant, de la Gauche Démocratique (YAD). Passés les partis grands et méchants qui veulent nous dominer en fonction de l'appartenance politique de chacun, il est question ici de ce petit, mais seul réel mouvement de la gauche libanaise de cette décennie. Pour cela, et puisque le YAD, nous le verrons, est une mosaïque de personnes venues de différentes horizons, j'ai essayé d'être autant que possible indulgente, pourtant ma déception est grande... Le YAD se devait de représenter une nouvelle gauche, une gauche que ne connaissaient pas les libanais, une gauche modérée, tolérante et progressiste, une gauche indépendante de la cause palestinienne qui aurait pu attirer des milliers de partisans. Et pourant, l'histoire tournera différemment, réduisant en cendres ce nouveau-né.

Lorsqu'on observe ce genre de formation, il est assez intéressant de revenir aux sources mêmes, qui permettent de mieux cerner les objectifs mais aussi de mieux comprendre l'échec cuisant qui s'en est suivi après 2005.
Pendant la guerre (LA guerre, 1975-1990), tous les groupuscules de gauche et d'extrême-gauche se ralliaient au camp pro-palestinien, nommé le camp "palestino-progressiste" puis "islamo-progressiste" (j'essaie toujours de comprendre). Mais à peine la guerre libanaise terminée, nous nous sommes "réveillés" parallèlement à la chute de l'URSS, qui a ébranlé toutes les formations communistes, marxistes et trotskystes partout dans le monde. Au Liban, cette combinaison de ces deux éléments, l'un international et l'autre local, allait avoir des conséquences désastreuses sur le Parti Communiste Libanais (PCL).

Miné déjà par quelques scissions internes et plusieurs courants, le PCL sort de cette guerre comme un homme malade, loin d'avoir achevé des objectifs -quels qu'ils soient-(à part aider les palestiniens je doute qu'ils n'aient eu d'autres objectifs).Un courant, dirigé par Elias Atallah et soutenu par Hanna Saleh et Adib Nehmé, a remis en question plusieurs questions: d'abord, l'idéologie marxiste-léniniste, l'alignement du PCL à la politique syrienne dans le pays et la structure interne elle-même du PCL, rassemblant tous les pouvoirs entre les mains du bureau politique et du comité central (qui devraient être formés par des personnes différentes) mais qui pouvaient se superposer, causant un grand déséquilibre interne. Je n'ai jamais porté Elias Atallah dans mon coeur et j'en ai toujours voulu à mes camarades du YAD d'avoir accepté son rôle ultérieur de secrétaire du bureau exécutif du YAD.

Heureusement, dans la deuxième moitié des années 90, de nouveaux groupuscules, universitaires cette fois-ci, se sont formés. A l'USJ, très peu de gens se souviennent encore du groupe Tanios Chahine, au nom de ce paysan rebelle qui, en 1858, s'est insurgé contre le féodalisme incestueux avec le Clergé à l'époque (Al Khazen). Si vous cherchez sur google, n'allez surtout pas croire l'histoire racontée sur le site des "De Khazen", c'est de la pure désinformation qui cherche à laver la famille aristocratique de tout reproche (encore heureuse que pas tous les Khazen sont comme ça aujourd'hui). Le groupe Tanios Chahine n'a pas survécu évidemment au campus Huvelin où le portrait de Bachir Gemayel trône (toujours) au RDC de la fac d'économie, posée depuis les années 80 par le Père Sélim Abou éminent anthropologue et fort sympathisant du jeune leader de l'époque.

A l'AUB (Université Américaine de Beyrouth) par contre, plusieurs groupes se sont façonnés et ont donné naissance à des formations plus ou moins efficaces. Des jeunes étudiants de gauche, majoritairement indépendants du PCL, ont ainsi crées No Frontiers, Bila Houdoud (BH). Guidés par un dégoût commun du manque de démocratie au sein du PCL, de la politique pro-syrienne et de la restriction de l'idéologie au léninisme, ces jeunes étaient beaucoup plus actifs que le PCL et le courant dirigé par Atallah. Leurs actions étaient plus faciles à mener : à l'intérieur des universités et propulsées par une indépendance partisane.

Entre la fin des années 90 et 2004, l'activisme estudiantin se renforçait, par tous les côtés. Les collaborations entre groupes, mouvements, et partis politiques s'étaient multipliées, comme de nombreuses occasions de collaboration entre BH et le CPL.

En 2000, un nouveau mouvement de gauche se forme: El minbar el dimokrati (la plate-forme démocratique) comprenant les mêmes préoccupations: le non-alignement à la Syrie, l'importance de la cause nationale (al-kadiya al-wataniya) et la lutte contre la militarisation du régime libanais. Après le retrait israélien et la formation de Qornet Chehwan, rassemblement de personnalités et partis chrétiens (donc -malheureusement donc- de droite) gentiment contre l'occupation syrienne, plusieurs personnes issues du PCL, en collaboration avec des militants de groupes indépendants de gauche (GIG) ont donc formé ce mouvement.

La question de la souveraineté a ensuite été doucement amenée sur le devant de la scène, impliquant les problématiques sociales si chères à la gauche. Peu à peu, les questions sociales et politiques se rejoignaient pour former, enfin, une forme de lutte pour l'indépendance du pays. Ceci différait du chemin emprunté par le CPL, plus grande formation estudiantine de l'époque (à travers toutes les universités), qui ne traitait QUE de la souveraineté et de l'occupation. BH avait réussi, à plusieurs reprises, à intégrer les questions économiques et sociales, ce qui lui a valu une certaine notoriété à gauche. Ce que BH avait surtout réussi, c'est d'avoir convaincu une bonne proportion de personnes de gauche à se rallier à la lutte pour la souveraineté.

Comme le PCL perdait ses adhérents à la vitesse de la lumière, ou les avaient déjà perdus dès 1990, un groupe, appellé "les Etudiants Communistes" a commencé à lancer des actions, indépendamment du courant de Elias Atallah et du bureau politique du PCL. Selon un ancien membre de BH, la plupart des membres des Etudiants Communistes ont été expulsés du PCL à cause de leur activisme (quelle ironie).

Et pourtant, les Etudiants Communistes étaient impliqués, aux côtés des GIG aux réunions parallèles de l'OMC au cours du cycle de Doha, ce qui leur a valu une reconnaissance internationale et leur a par conséquent permis de recruter massivement sympathisants et militants. Ils ont pratiquement dominé la scène gauchiste libanaise au début des années 2000, notamment en 2003. Il convient de signaler le rally "Non à la guerre, non à la dictature" en 2003 lors de la guerre américaine sur l'Irak, contrastant avec d'autres groupes de gauche dans le monde arabe qui brandissaient des portraits de Saddam Hussein.

A cette époque, le YAD n'existait pas encore officiellement, mais tous les groupes qui allaient former le YAD étaient arrivés à l'idée que le moment était opportun pour la création du parti. Des débats innombrables s'organisaient avec une réflexion sur la structuration et l'organisation des efforts fournis.

En effet, l’acte fondateur du parti protège la liberté d’écrire et d’éditer indépendamment l’activité du parti et c’est en ce sens qu’un membre est capable de s’opposer à la politique partisane. De surcroît, une Assemblée Nationale est réunie une fois par mois afin de faire évoluer les axes principaux des activités. Ceci garantit la formation de courants internes qui viseront une meilleure crédibilité au sein de l’opinion publique libanaise, les décisions étant prises par l’ensemble des adhérents et non par les leaders du parti.

En ce qui concerne la pensée gauchiste, l’adhésion au marxisme n’est pas requise pour militer dans les rangs du parti, mais au contraire, un rapprochement est fait avec les divers aspects de l’altermondialisme et même de la sociale-démocratie. Les principes sont : la démocratisation des sociétés, l’indépendance des peuples, les réformes socio-économiques pour renforcer le secteur public, la sécularisation par le dépassement institutionnel du système communautaire en le rejetant dans tous ses aspects.

Et puis il y a eu 2005. L'intifada, l'indépendance, le sit-in, Samir. 

Les élections législatives. Et les conneries. Je crois que le déclin du YAD a débuté au moment des élections, avant l'assassinat de Samir, contrairement aux partisans du YAD qui pensent qu'il a débuté en 2006. C'est évident. Il y a même un évènement fort important, qui implique Samir, malheureusement, dans cette erreur qui conduira le YAD à un échec cuisant.

Le 1er juin 2005, la veille de l'attentat, une réunion dans les bureaux du YAD battait son plein et a duré plusieurs heures. Il était question du candidat aux élections législatives, personne d'autre que Elias Atallah et le changement de sa candidature de sa circonscription d'origine à celle du Nord. Etant donné que Walid Joumblatt n'avait pas accepté de l'ajouter à sa liste dans le Chouf, Elias Atallah et donc le YAD, avaient deux choix: soit rester dans la localité d'origine du Chouf mais perdre lamentablement, soit changer de circonscription à la dernière minute, rallier le Nord et la liste Hariri (pour info: le parti du Futur est un parti de droite qui prône le capitalisme sauvage et qui protège le paradis fiscal que représente le Liban). Samir plaidait pour changer la circonscription et le YAD, structure profondément démocratique, a voté pour ce transfert au nord.

Lamentable. Bien sûr il y aura toujours quelqu'un qui m'en veuille après chacun de mes articles, cette fois-ci ça sera les ex-membres du YAD qui pensent toujours que c'était une bonne façon pour assurer un député à leur parti... SAUF QUE, entre 2005 et 2009, Elias Atallah en qualité de député du 14 Mars, de surcroît de gauche, n'a pas su se démarquer et renforcer ce jeune mouvement. Au contraire, il l'a amené à sa perte. Je veux bien qu'il ait discuté du budget de 2005 lors de l'ouverture de la première session parlementaire, mais pour l'amour de la Raison, a-t-il agi comme un député de gauche, à se réserver de se prononcer, sans aucune forme de contestation ? Heik, genre on a un député et on a gagné ! Sans aucune réflexion ou travail de fond concernant le travail parlementaire. Comme si un député de gauche intègre, dont on manque si cruellement au Liban ne pouvait pas travailler sur des réformes et partager ses idées avec l'opinion publique.

En fait, même pas. Et Elias Atallah n'est pas si intègre non plus. Son rôle dans la guerre a été plus d'une fois commenté et critiqué. C'était un porteur d'armes, pour moi c'est une évidence qu'il était loin d'incarner le renouveau que voulait porter le YAD. Quelle connerie en premier lieu pour tous les jeunes qui se sont battus entre 95 et 2004 d'avoir choisi cette personne, au lieu de choisir quelqu'un issu justement de l'activisme estudiantin. Ziad Majed a fait un peu de politique mais a très rapidement déchanté. Domicilié à Paris et vivant une vie tranquille en famille à vendre ce qu'il écrit lui va peut-être plus finalement.

 En 2006, le marasme interne a commencé à se répandre. A l'intérieur du YAD, on questionnait souvent les prises de position, l'obligation de tenir la ligne du 14 Mars comme dénominateur commun à toutes les positions. Lorsque la guerre de 2006 a éclaté, on a également choisi de suivre le motto : on critique pas tout de suite le Hezbollah, on le critiquera après la guerre. Sauf que l'opposition interne au bureau exécutif s'est faite sentir, en demandant ouvertement que de nouvelles élections aient lieu.

A l'Assemblée Nationale, l'opposition interne a gagné le tiers des voix, les deux tiers restants allant à Elias Atallah. Mais le problème était loin d'être résolu. Elias Atallah, qui contrôlait la présidence de l'Assemblée nationale, n'appelait plus à la réunion mensuelle, s'écartant donc du règlement intérieur du YAD et entraînant la colère de certains membres. Quelques tentatives d'organiser d'autres élections, notamment du bureau exécutif, n'ont pas abouti (comme quoi, Atallah aurait été un vrai communiste jusqu'au bout). Le comité exécutif de Beyrouth a également été contrôlé par les anti-Atallah, creusant un fossé sans précédent à l'intérieur du parti. D'ailleurs, à la fin de 2007, le YAD a perdu ses bureaux de Corniche Al-Mazeraa, le propriétaire refusant de renouveler le bail... Il a fallu plusieurs mois pour trouver les bureaux de Aïn El Mraisseh, mais comble de l'ironie de l'histoire, ils ont été contrôlés par des forces d'Amal en mai 2008. Il va sans dire qu'après cet incident, de moins en moins de gens se déplaçaient pour aller aux bureaux, surtout que des membres d'Amal n'arrêtaient pas rôder autour (juste pour faire chier et ça a marché).

Vers la fin 2009, Hanna Saleh a finalement appelé à une réunion générale dans laquelle plusieurs demandes ont été formulées par près de la moitié de l'Assemblée Nationale: Le retour au respect du règlement intérieur et donc aux réunions mensuelles de l'assemblée nationale, De nouvelles élections pour Avril 2010 et la reprise en main d'Elias Atallah.Cela aurait dû motiver de nouveau le YAD, mais un seul comité a été formé dans le but de préparer les élections internes de 2010.

L'Assemblée Nationale prévue pour Avril 2010 a été repoussée pour Octobre 2010. Aucune réunion n'a eu lieu depuis début 2010 et plus personne n'a envie de faire des efforts pour améliorer la situation. Seuls quelques personnes regroupées autour d'Elias Atallah continuent d'écrire des communiqués au nom du YAD.

Quel dommage qu'on en arrive là. Le YAD n'a même pas commencé à agir, et il est déjà terni par toutes ces histoires. Un mouvement de gauche comme celui-ci (surtout qu'il n'appartient pas à l'Internationale Socialiste) est par définition innovant, il se doit de se démarquer des positions traditionnelles, il doit forcer l'écoute et le dialogue par les principes qu'il tente d'imposer. Le YAD n'a rien fait de tout ça. En fait il a fait tout le contraire.

jeudi 16 septembre 2010

HRW: Le système judiciaire n’assure pas la protection des employées domestiques

(Beyrouth, le 16 septembre 2010) -Les autorités judiciaires libanaises s'abstiennent généralement d'exiger des comptes aux employeurs qui violent les droits fondamentaux des employées domestiques migrantes, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Le gouvernement devrait adopter un plan visant à garantir que ces employées peuvent compter sur les tribunaux libanais pour protéger leurs droits, a ajouté Human Rights Watch.
Le rapport de 54 pages, « Without Protection: How the Lebanese Justice System Fails Migrant Domestic Workers » (« Sans protection : Comment le système judiciaire libanais exclut les employées domestiques migrantes »), examine 114 décisions de la justice libanaise touchant des employées domestiques migrantes. Le rapport constate que le manque d'accès à des mécanismes de plainte, la lenteur des procédures judiciaires et l'aspect restrictif des politiques relatives aux visas dissuadent de nombreuses travailleuses de déposer plainte ou d'engager des poursuites contre leurs employeurs. Même quand des travailleuses déposent des plaintes, les autorités de police et judiciaires omettent régulièrement de traiter comme des délits certains abus dont elles sont victimes.
« En fermant les yeux sur les violations subies par les employées domestiques, la police et le système judiciaire libanais se rendent complices des violations persistantes commises par les employeurs à l'encontre de ce groupe vulnérable », a déclaré Nadim Houry, directeur de Human Rights Watch à Beyrouth. « Enfermer une personne ou la frapper est un délit, quelle que soit l'identité de la victime. »
Parmi les 114 cas examinés pour le rapport, Human Rights Watch n'a pu trouver un seul exemple où un employeur ait été mis en accusation pour avoir enfermé des travailleuses dans des domiciles, confisqué leurs passeports ou leur avoir refusé de la nourriture, alors même que ces violations de la loi sont monnaie courante. Les familles libanaises emploient quelque 200 000 travailleuses domestiques migrantes, dont la plupart sont originaires du Sri Lanka, d'Éthiopie, des Philippines et du Népal.
Les plaintes déposées par ces travailleuses contre leurs employeurs traînent souvent dans les tribunaux pendant des mois, et parfois des années. Cette situation ne fait qu'accabler davantage les travailleuses, parce que les politiques restrictives du Liban en matière de visas font qu'il leur est difficile de rester dans ce pays pour continuer leurs poursuites judiciaires. Human Rights Watch a examiné 13 plaintes déposées par ces travailleuses contre leurs employeurs, et a constaté qu'il fallait en moyenne 24 mois pour que ces plaintes soient traitées. Le traitement des plaintes pour salaires impayés a même duré entre 21 à 54 mois. Même les plaintes simplifiées  déposées devant des tribunaux du travail ont mis 32 mois en moyenne pour être traitées. En vertu du système de kafeel (parrainage), une travailleuse domestique qui quitte son employeur - même pour déposer plainte - perd le droit de vivre au Liban et risque la détention et l'expulsion.
Souvent, les cas de violence physique contre des employées domestiques migrantes ne recueillent pas suffisamment d'attention de la part de la police et des procureurs. Dans un cas remontant à 2005, la police a attendu 21 jours après avoir reçu une plainte à propos d'un employeur qui battait une employée de maison, avant d'ouvrir une enquête a ce sujet. Un examen des rapports de police dans de nombreux cas de violence contre ces travailleuses montre que souvent dans les enquêtes sur ces cas, la police ne pose aux employeurs que des questions générales et accepte leurs déclarations comme véridiques sans les recouper avec celles d'autres témoins potentiels.
Si les autorités ont engagé des poursuites dans certains cas où des employées domestiques migrantes avaient été sévèrement battues, ces cas restent rares et n'ont entraîné que des peines légères. Dans une affaire largement commentée, une cour pénale libanaise a condamné un employeur à une peine de prison le 9 décembre 2009, pour avoir frappé à maintes reprises une employée de maison philippine. Toutefois, la peine prononcée n'était que de 15 jours. À la connaissance de Human Rights Watch, la condamnation la plus sévère pour avoir battu une employée domestique a été d'un mois de prison. Cette peine a été prononcée par une cour pénale le 26 juin 2010, contre un employeur qui  avait battu à maintes reprises une employée domestique sri lankaise tout en la contraignant à rester enfermée dans la maison.
Même les employeurs qui tuent leurs employées domestiques s'en sortent souvent avec des peines légères. Dans une affaire datant de 1999, une cour pénale a condamné un employeur qui a battu à mort une domestique sri lankaise à seulement un an et demi d'emprisonnement.
« Ces verdicts sont un petit pas dans la bonne direction, mais ne représentent qu'une simple tape sur les doigts », a indiqué Nadim Houry. « Les autorités doivent veiller à ce que les employeurs coupables d'exactions à l'encontre des travailleuses domestiques reçoivent des sanctions appropriées à l'infraction et pouvant servir de moyen de dissuasion pour les autres employeurs. »
Human Rights Watch a documenté de nombreuses violations des règles de procédure et du droit à un procès équitable dans des affaires où des travailleuses domestiques migrantes étaient accusées d'un délit, en général de vol. Sur les 84 affaires pénales contre des travailleuses domestiques examinées par Human Rights Watch, 37 travailleuses - 44 pour cent du total - n'avaient pas d'avocat pour assurer leur défense. La plupart - au moins 57 des 84 cas examinés - devaient aussi faire face à des procédures judiciaires et de police sans l'aide de traducteurs certifiés, malgré le fait que nombre d'entre elles ne parlent pas l'arabe couramment. Les interprètes ont été rares, même dans les cas où l'employée était accusée d'un crime grave.
Le rapport a également constaté la détention préventive généralisée des travailleuses domestiques migrantes accusées de crimes. Au moins 76 pour cent des travailleuses dans les cas examinés - 64 sur les 84 - ont été détenues avant le procès. La plupart de celles qui ont finalement été déclarées non coupables avaient été détenues lors du procès pendant trois mois en moyenne avant d'être relâchées, mais quatre d'entre elles au moins avaient passé plus de huit mois en prison avant qu'un tribunal ne les déclare non coupables.
« Les travailleuses domestiques se retrouvent trop souvent en prison sur la base d'accusations portées par leurs employeurs, sans bénéficier de l'assistance d'un avocat ou d'un traducteur », a expliqué Nadim Houry. « Elles méritent la même présomption d'innocence et les mêmes garanties de procédure équitable que tout le monde. »
Malgré les récentes déclarations de responsables libanais, y compris les ministres de l'Intérieur et du Travail, selon lesquelles ils veulent améliorer le traitement des employées domestiques migrantes, l'action du gouvernement s'est limitée à des initiatives de réformes réduites, comme par exemple un contrat de travail unique obligatoire pour ces employées instauré en janvier 2009. Le gouvernement s'est également abstenu de mettre en place des mécanismes efficaces pour le contrôle des lieux de travail des employées domestiques migrantes.
Human Rights Watch a appelé les autorités libanaises à :
  • Élaborer un plan national visant à accroître la probabilité que les plaintes contre les employeurs pour des crimes commis contre les travailleuses domestiques migrantes aboutissent à des poursuites judiciaires ;
  • Adopter une loi instaurant un mécanisme simplifié de résolution des conflits afin de régler les différends de salaire entre les employeurs et les travailleuses migrantes en temps opportun ;
  • Fournir aux employées domestiques migrantes qui sont victimes de mauvais traitements, ou bien sont accusées d'un délit, un accès à l'aide juridique et à des interprètes certifiés ;
  • Mettre en œuvre des programmes de formation pour les policiers, les agents d'immigration et les juges afin d'identifier et de traiter les plaintes d'employées domestiques migrantes relatives à des abus ; et
  • Réformer le système de parrainage des visas afin que les visas d'employées domestiques ne soient plus liés à des garants individuels, et que celles-ci puissent déposer plainte sans craindre d'être détenues ou expulsées.

lundi 16 août 2010

Le Hezb, ou une résistance à double tranchant...

Le titre de ce post existe déjà depuis plusieurs mois. La saga de la critique des partis libanais se poursuit donc, tant bien que mal et avec un rythme malheureusement irrégulier à travers ce blog. Après avoir passé en revue l'histoire du parti Kataeb, penchons-nous vers notre résistance, vis-à-vis de laquelle mon opinion a bien oscillé avant de se stabiliser (et encore!)...

Lorsque j'ai commencé à acquérir une conscience politique, en 2002-2003, le Hezb était pour moi un inconnu, un étranger, un ennemi. Vivant dans un enclos se traduisant par le triangle Achrafiyeh-Hazmiyeh-Badaro, je n'avais aucun sens de l'importance du parti dans les affaires internes et externes du pays. De toutes façons à cette époque-là, la Syrie menait toutes les décisions au Liban donc cela ne m'avançait pas forcément de connaître un bras supplémentaire à cette politique d'occupation.

Le 2 septembre 2004, j'étais déjà membre d'un groupe politique, à peine sorti de la clandestinité, le CPL, dans lequel on menait nos premières actions sans être tabassés et arrêtés (bien que cela se soit poursuivi... jusqu'à la fin 2004, sic!). Cette date correspond au vote au conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 1559, qui comportait 4 points importants (retrait des troupes syriennes et israéliennes, désarmement des milices non-libanaises et libanaises, respect de la souveraineté libanaise et élections présidentielles transparentes et sans pression syrienne). Ce soir-là, je sillonais les routes de Beyrouth à bord d'un convoi de jeunes euphoriques scandant l'application de la résolution 1559.

1559 a été notre espoir, notre rêve, pendant des mois. Nous ne parlons que de 1559, réitérons ce chiffre, 1559, comme si c'était le code du Liban à la liberté. [Michel Aoun s'était également exprimé face au congrès US un peu plus tôt en 2003 afin de pousser vers l'adoption du fameux "Syrian Accountability Act and Lebanese Restoration of Sovreignty Act".]

Ah quelle 1559, comment a-t-elle fait chavirer les coeurs des libanais!! Pour l'anecdote de l'histoire, le 22 novembre 2004, alors que nous étions quelques centaines à manifester, Place du Musée pour l'indépendance du pays, portant évidemment des affiches de la 1559, les FL nous font savoir que des PSP de l'AUB voulaient nous rejoindre, à condition de faire disparaître ces affiches. Ironie de l'histoire, les opinions des dirigeants se sont inversées, et DEUX FOIS déjà pour Joumblatt. Evidemment nous n'avions pas suivi la volonté kataëbienne de baisser notre ---- juste pour qu'on soit plus nombreux, alors que les autres étudiants n'avaient pas encore subi le dixième de ce qu'on avait déjà subi...

Bref, le mouvement s'en est allé en crescendo. Le rassemblement du Bristol, bien qu'il ait été un point non négligeable du rassemblement de dizaines de personnalités libanaises, a cueilli quelque part les fruits du travail des centaines de jeunes pendant des années par leurs manifestations, actions interdites, arrestations, disparitions et même assassinats... C'est pour ça aussi que le 14 mars 2005 m'a semblé comme un déjà-vu....

Je crois que je n'ai jamais autant détesté le Hezb qu'au 8 mars 2005. Avec son Choukwan Souwiya et Loubnan layssa Ukwamiya, le Sayyed me paraissait plus syrien que libanais, c'était le seul bémol à notre rassemblement à la Place des Martyrs, car ce dernier, quoi qu'on dise, n'était pas vraiment fédérateur de tous les libanais. Notre camp était manquant, et ce n'est pas vrai qu'il ait porté les objectifs de tous les libanais.

On voulait chasser la Syrie qui nous a pillé et tué pendant des décennies, et lui la remerciait!!! Je ne comprends toujours pas pourquoi on remercierait un pays qui nous a occupé et qui a bien profité de son occupation.

La guerre de 2006 a été déterminante dans la construction de ma propre opinion concernant le Hezb. C'était bien la première fois que je le voyais en action. Sa force et sa détermination m'ont impressionné. Lorsqu'on est libanais, on ne peut pas ne pas soutenir la volonté de se défendre et de tenir tête, de guérilla à 4ème armée la plus importante du monde. Bien que les conséquences de la guerre aient été désastreuses, avec plus de 1200 morts et des milliards de dollars de pertes, sans compter tous les ponts du Liban qui ont été fracassés, le fait que l'armée israélienne soit rentrée chez elle sans avoir accompli aucun de ses objectifs constitue en soi une victoire morale pour le Liban.

Mon blog s'était bien étoffé à cette époque. A part quelques heures que je passais à la Croix Rouge de Furn El Chebback, je n'avais pas grand chose à faire. Comme tout le monde, je restais à la maison, à boire des Almaza et à fumer des cigarettes pour la première fois devant mon père, à regarder la télé qui braquait toutes leurs caméras 24/24 sur la banlieue sud... Je m'asseyais au balcon en regardant, à quelques minutes à vol d'oiseau cette banlieue sud, les bombardements bien calculés, toutes les 7 minutes, de 2h du matin à 7h, et on parle de guerre psychologique. La barbarie et le terrorisme israélien sont aujourd'hui pour moi une évidence. Et je suis encore prête à en discuter avec ceux qui vont s'insurger contre ma phrase.

Les déplacés et la gestion des lieux aménagés à leur égard m'ont aussi impressionné. Tous en communion avec la résistance, en communion complète avec le Sayyed, ce grand frère bienveillant qui nous donne déjà des écoles, des hôpitaux, des appartements dans des immeubles tous neufs... Concernant la gestion et le contrôle des écoles publiques aménagées, j'ai reçu l'écho d'un ami voulant organiser des activités pour enfants dans une école de Beyrouth.  L'homme (du Hezb) en charge de garder la cohésion du groupe présent dans cette école lui a tout simplement interdit les apprentissages de danses et de chants, prétextant qu'en situation de guerre, on ne chante pas, et on ne danse pas.

Plus tôt, le Hezb avait signé avec le CPL un document d'entente. 10 points qui résument, à mon sens, certaines priorités actuelles du pays, mais pas toutes évidemment. Ce sont dix points cruciaux qui tiennent compte de la sécurité, de la construction de l'Etat, de la démocratie consensuelle, des disparus de guerre etc. J'aurais préféré qu'ils se mettent d'accord sur la volonté de réformer l'éducation nationale, de réformer le système de sécurité sociale... Aujourd'hui, quel point a-t-il été traité complètement? Aucun. La vraie valeur ajoutée de ce document a été l'ouverture d'un dialogue avec le Hezb et de couper son isolement avec le reste des libanais... Si cet isolement se serait poursuivi, tout nous pousse à croire que cela se serait vraiment mal terminé, à plusieurs reprises.

En mai 2008, c'est une mini-crise qui éclate au Liban et qui fera une cinquantaine de morts. Walid Joumblatt, à cette époque farouchement opposé au "singe" de Damas et au Hezb, pousse le gouvernement à décréter le changement du directeur de sécurité à l'aéroport ainsi que le démantèlement du réseau de télécommunication du Hezb. Evidemment, dans tout contexte de guerre et de résistance, les télécoms sont la clé de tout, stratégie, planification, ordres urgents, passation d'information etc. J'étais et je reste résolument contre ce décret et surtout de la façon avec laquelle il a été mené. En revanche, je suis tout autant contre la réaction sur le terrain, à la fois des blocs contre et pour cette décision. Voir des jeunes de Akkar venir à Beyrouth (sans  connaître la ville) avec des armes, juste pour pouvoir "tuer des chiites", ça fait vraiment mal au coeur quand ça fait 6 mois qu'on travaille sur la citoyenneté avec ces jeunes-là... J'avais écris à ce propos. Aller au travail le 7 mai 2008 à 8h15 et ne pas pouvoir revenir à peine 30 minutes plus tard sans traverser l'avenue de Sami El Solh en sens interdit, ça fait carrément pleurer...

Le directeur de la sécurité de l'aéroport a présenté sa démission il y a un mois et demi à cause d'une personne qui s'était infiltrée dans l'aéroport et qui est morte car s'est accrochée sur les pneus d'un avion à destination de Riyad. Quel paradoxe de voir Walid Joumblatt en train de le soutenir et lui demander de ne pas démissionner.... Je pense que sa démission n'a pas été acceptée par le gouvernement... Passons...

En décembre 2009, un nouveau manifeste est publié, dans lequel on réaffirme l'attachement le plus total au Liban pluriel, libre et multi-confessionnel. Israël est évidemment l'objectif premier du manifeste, et la lutte la plus acharnée est décrétée au cas où Israël tenterait de déstabiliser le Liban. Ce document, que je crois sincère, définit aujourd'hui le Hezb. L'autre côté de la médaille, c'est s'ils commencent à se comporter comme une majorité démographique protégeant elle-même les autres minorités, sunnnites et chrétiens en l'occurence et de rester sous l'emprise du Wilayet El Fakih, qui ne l'oublions pas, n'est pas libanais mais iranien (Pensons au  grand ayatollah Mohammed Hussein Fadlallah qui a voulu créer un Wilayet El Fakih au Liban, ce qui aurait été mieux -?- que de rester sous tutelle iranienne. Mais à cause de cette idée, il s'est brouillé avec Khaminai, nous savons qu'il s'en est suivi des Fatwas de plus en plus ouvertes et progressistes). 

Aujourd'hui, une nouvelle secoue le pays. La possibilité que certains membres du Hezbollah soient désignés comme suspects dans l'enquête internationale concernant l'assassinat de l'ancien premier ministre, Rafic Hariri. Le Sayyed nous a bien tenus en haleine à travers deux conférences de presse, ces deux dernières semaines. Tout ça pour nous montrer des images prises par des drônes israéliens qui contrôlaient les routes sillonnées par le convoi Hariri, depuis 1996 et même le jour de l'assassinat.

Tout d'abord, l'exploit de suivre les caméras des drônes est certainement très révélateur de la force de la technologie entre les mains du Hezb. Et il a eu raison de dire que s'il avait montré ces photos plus tôt, on lui aurait rétorqué qu'il le fait simplement pour prouver l'innocence de la Syrie (parce que pendant 4 ans, c'était bien l'assassinat Syrien qui était sur toutes les bouches).

D'ailleurs, quelle mascarade d'avoir retrouvé la dizaine de ministres libanais à Damas il y a un mois en train de signer les mêmes accords de coopération que leurs blocs avaient qualifiés de "mise sous tutelle". C'était même rigolo d'écouter ce jeune ministre (c'est pas de ma faute qu'il soit Kataëb) en train de faire l'éloge des relations syro-libanaises. Avec sa consoeur syrienne, il s'en est pris d'un romantisme !!! "Oh vous savez ce genre de crises, ça arrive! Et puis, nous sommes là, et les syriens sont nos voisins, on ne peut vraiment pas vivre sans eux!" ... Et puis ------------ si seulement t'avais eu cette évidence dans ta tête pendant 4 ans où tout le monde a pris le Liban à la dérive...

Le tribunal international a prouvé à maintes reprises sa politisation et son manque de crédibilité et d'efficacité. Tout se joue selon un agenda occidental précis. Personne ne sait où se trouve Al Siddik, pourtant sous la responsabilité des renseignements français, qui a disparu aux Emirats Arabes Unis il y a quelques temps tenant un passeport hongrois. Al Siddik, rappelons-le, était un faux témoin dans l'affaire. Payé, très bien payé, par un inconnu, il a raconté des bobards aux juges internationaux sur l'implication directe du régime syrien. Genre il avait vu la camionnette Mitsubishi entrer dans un camp militaire syrien et être rempli d'explosifs. Il avait aussi dit que le suicidaire était un irakien à qui on (les syriens) avait fait croire que c'était Iyad Allawi dans la voiture (et pas Rafic Hariri). Il y a eu de nombreux faux témoins. Et pendant 5 ans, l'opinion publique libanaise a subi des propagandes dignes de la guerre civile.

Pourquoi croirait-on le tribunal s'il suspecte officiellement des membres du Hezb? Tout porte à croire qu'il s'agit de la plus grande manipulation étrangère qui puisse exister dans la région. Alors, en tant que libanais, n'est-il pas de notre devoir de ne pas vendre nos concitoyens pour un tribunal marionnette? Hariri lui-même ne semble plus si pressé à connaître la vérité .... Mais la question la plus importante réside dans les preuves dont dispose le tribunal pour suspecter des personnes précises. En 5 ans, toutes les preuves apportées par les rapports Mehlis, Brammertz et Bellmart ont été discréditées : les faux témoins, l'identification du suicidaire (qu'on a prétendu être un saoudien à un moment), les appels téléphoniques (possibilité d'être largement truqués par Alpha connaissant sa porosité face aux espions et corrompus en tous genres)...


Rien ne tient debout dans cette enquête, et on cherche encore à diviser les libanais. Il suffit de voir le manque de communication avec l'opinion publique pour se rendre compte de la fragilité de ce tribunal! Et puis encore, où en est l'enquête FRANCAISE de l'assassinat de Samir Kassir, lui-même de nationalité française? Il me semblait pourtant que Gisèle était déterminée à y travailler avec Maïtre William Bourdon, avocat des oppressés et des nantis du tiers monde (il est aussi l'avocat des Kadhafi)...

Enfin, en ce qui concerne le Hezb, en tant que patriote, il faut chercher à trouver une solution à la stratégie défensive commune avec l'armée libanaise parce que je crois en la résistance. En tant qu'amateur en sociologie, j'ai peur pour la communauté chiite dans laquelle on a déjà imposé un rythme de vie différent de celui des années 60 et 70. Le Tchador, les rassemblements ultra-géants (revoir la psychologie des foules), l'interdiction d'alcool dans des villages au Sud, qui poussent les jeunes à aller s'en procurer dans les villages chrétiens (ce qui n'est pas si mal puisqu'on réussit à contourner l'interdiction), toutes ces choses-là qui ne sont pas dans notre culture mais qu'on croise de plus en plus souvent... Le manque de nouveautés culturelles, d'innovation intellectuelle, c'est pour moi le plus gros point noir qu'on subit dans la communauté chiite et partout ailleurs au Liban.

Je garde espoir tout de même, qu'un jour tous les libanais s'accorderont sur des priorités nationales et commenceront à y travailler l'une après l'autre. Mais nous laissera-t-on faire ??? (la réponse est non.)